Carrière longue : partir à la retraite avant 64 ans

Le dispositif carrière longue après la réforme 2023 : départ à 58, 60, 62 ou 63 ans selon l'âge de début d'activité. Conditions, démarches, simulateur.

Retraite Publié le 12 février 2026 Mis à jour le 15 mai 2026 9 min de lecture
À titre informatif. Les informations fournies sur cette page sont à titre d'orientation et ne se substituent pas à un conseil personnalisé d'un agent CAF, France Travail ou de l'Assurance Maladie. Pour toute démarche officielle, contactez votre caisse.

La réforme des retraites du 14 avril 2023 a relevé l’âge légal de départ à 64 ans, mais elle a aussi élargi le dispositif « carrière longue », qui permet à ceux qui ont commencé à travailler tôt de partir avant l’âge légal. Près de 150 000 personnes partent chaque année à la retraite par ce dispositif. Voici les conditions exactes, les démarches, et les pièges à éviter.

Le principe

Le dispositif carrière longue (article L. 351-1-1 du Code de la sécurité sociale) permet aux personnes qui ont commencé à travailler tôt et qui ont cotisé suffisamment longtemps de partir à la retraite avant l’âge légal, sans décote.

L’idée : reconnaître que toutes les carrières ne se valent pas. Une personne entrée en apprentissage à 15 ans qui a cotisé 44 ans à 64 ans aurait travaillé plus longtemps qu’un cadre entré dans la vie active à 26 ans qui part à 64 ans après 38 ans de cotisation. La carrière longue corrige cette injustice.

Les âges possibles depuis 2023

Début d’activitéÂge de départ possibleTrimestres requis
Avant 16 ans58 ansDurée d’assurance complète
Avant 18 ans60 ansDurée d’assurance complète
Avant 20 ans62 ansDurée d’assurance complète
Avant 21 ans63 ansDurée d’assurance complète

Avant la réforme 2023, seules les bornes 16 ans / 60 ans et 18 ans / 60 ans existaient. La réforme a ajouté les bornes 20 et 21 ans pour atténuer le passage à 64 ans.

Les deux conditions à remplir

Pour bénéficier du départ anticipé, vous devez remplir deux conditions cumulatives :

1. Avoir débuté l’activité avant l’âge limite

Vous devez avoir validé un nombre minimum de trimestres avant la fin de l’année des 16, 18, 20 ou 21 ans :

  • Avant la fin de l’année des 16, 18 ans ou 20 ans : avoir validé 5 trimestres
  • Si l’enfant est né dans le dernier trimestre de l’année : 4 trimestres suffisent
  • Avant la fin de l’année des 21 ans : 5 trimestres

« Valider » un trimestre ne veut pas dire avoir travaillé 3 mois entiers. En 2026, il suffit d’avoir cotisé sur une base équivalente à 150 heures payées au SMIC pour valider 1 trimestre. 4 trimestres maximum par année civile.

2. Avoir cotisé toute votre durée d’assurance

Vous devez avoir validé la durée d’assurance complète requise pour le taux plein correspondant à votre génération, dans la fonction publique ou le régime général. Pour les générations 1965+ : 172 trimestres (43 ans).

Particularité : les trimestres « réputés cotisés » sont également comptés, dans une certaine limite :

  • Service militaire ou service civique : jusqu’à 4 trimestres ;
  • Maternité : jusqu’à 4 trimestres par enfant ;
  • Maladie, accident du travail, AT-MP : jusqu’à 4 trimestres ;
  • Chômage indemnisé : jusqu’à 4 trimestres.

La distinction trimestres « cotisés » et « assimilés »

C’est le piège principal du dispositif. Tous les trimestres ne se valent pas :

  • Trimestres cotisés : ceux pour lesquels vous avez réellement cotisé (salaire ou indépendant) ;
  • Trimestres assimilés : ceux validés sans cotisation (chômage non indemnisé, maladie, etc.) ;
  • Trimestres réputés cotisés : sous-catégorie d’assimilés, considérés comme cotisés dans la limite ci-dessus.

Pour la carrière longue, c’est le nombre de trimestres réellement cotisés ou réputés cotisés qui compte — pas le total des trimestres validés tous régimes confondus.

Exemple : vous avez 172 trimestres validés à 60 ans, dont 165 cotisés ou réputés cotisés et 7 assimilés (longue maladie non couverte). Vous ne remplissez pas la condition (165 < 172).

Le rachat de trimestres

Si quelques trimestres vous manquent pour atteindre la durée requise, vous pouvez racheter des trimestres au titre :

  • Des années d’études supérieures (jusqu’à 12 trimestres, dans des conditions strictes) ;
  • Des années incomplètes (trimestres manquants pour atteindre 4 par an).

Le coût varie selon votre âge, vos revenus, et l’option choisie (rachat « taux seul » ou « taux et durée »). Ces options peuvent coûter plusieurs milliers d’euros par trimestre.

À analyser : si le rachat vous permet de partir 2 ans plus tôt avec le taux plein, le gain de pension peut justifier le coût. Faites une simulation sur info-retraite.fr.

La démarche

Étape 1 : faire le point sur votre relevé de carrière

À tout moment, et au plus tard à 55 ans, consultez votre relevé individuel de situation sur info-retraite.fr. Vérifiez :

  • Toutes vos périodes d’activité ;
  • Les trimestres validés chaque année (objectif : 4) ;
  • L’origine des trimestres (cotisés / assimilés).

En cas d’erreur, contactez votre caisse de retraite pour rectifier (ce n’est pas rare, surtout pour les emplois courts ou anciens).

Étape 2 : demander une attestation de situation au regard de la carrière longue

Auprès de votre CARSAT (en région) ou de votre CRAM (Île-de-France), vous pouvez demander une attestation officielle confirmant que vous remplissez les conditions pour partir en carrière longue à telle date.

Cette attestation est précieuse : elle sécurise votre projet.

Étape 3 : déposer la demande de retraite

6 mois avant la date de départ souhaitée, faites votre demande de retraite unique sur info-retraite.fr. Le service consolide les demandes auprès de tous vos régimes.

Étape 4 : versement

La retraite est versée à compter du 1er jour du mois suivant votre départ. Pour le régime général, le versement intervient autour du 9 du mois suivant (par exemple, pension de janvier versée vers le 9 février).

Cas particulier : femmes et carrière longue

Les femmes sont avantagées par les trimestres « maternité » : chaque enfant donne droit à 4 trimestres réputés cotisés (8 dans la fonction publique). Ces trimestres comptent pour la carrière longue.

Une mère de 3 enfants entrée dans la vie active à 19 ans peut donc remplir plus facilement les conditions de la carrière longue à 60 ans (au lieu de 64 ans).

Cas particulier : handicap

Indépendamment de la carrière longue, un dispositif spécifique permet aux personnes en situation de handicap (taux ≥ 50 %) de partir à la retraite dès 55 ans, sous conditions de durée d’assurance et de cotisations validées avec ce taux d’incapacité reconnu.

Impact sur la retraite complémentaire

Pour les salariés du privé, la retraite Agirc-Arrco s’aligne sur le régime général. Si vous partez en carrière longue à 60 ans avec tous vos trimestres :

  • Régime général : retraite au taux plein, sans décote ;
  • Agirc-Arrco : retraite sans décote temporaire (depuis la fin du malus en 2024).

Erreurs courantes à éviter

  1. Ne pas vérifier son relevé de carrière : 1 erreur sur 5 dossiers en moyenne. Plus l’erreur est ancienne, plus elle est dure à corriger.
  2. Compter sur des trimestres assimilés comme des cotisés : seuls les trimestres cotisés ou réputés cotisés comptent.
  3. Oublier d’inclure les périodes d’apprentissage ou de stage : très souvent omises sur les anciens dossiers.
  4. Faire la demande trop tard : 6 mois minimum avant la date de départ.
  5. Ne pas regarder la pension complémentaire : à 60 ans, vous touchez moins de points si vous n’aviez pas atteint l’âge de référence complémentaire.

Combien gagne-t-on avec la carrière longue ?

Concrètement, partir en carrière longue à 60 ans plutôt qu’à 64 ans :

  • Évite 4 ans de travail ;
  • Gain de revenus de retraite : aucune décote, taux plein appliqué ;
  • Coût : vous ne cotisez plus pendant 4 ans, ce qui peut légèrement réduire votre pension si vous n’aviez pas atteint le maximum de trimestres pris en compte ;
  • Effet net : positif pour ceux qui ont déjà tous leurs trimestres requis ; à analyser au cas par cas pour les autres.

Faites une simulation sur info-retraite.fr ou via votre caisse pour comparer les scénarios.

Questions fréquentes

Le rachat des années d’études en vaut-il la peine ?

Cela dépend de votre niveau de revenu et de votre tranche d’imposition. Le coût varie de 1 500 € à 7 000 € par trimestre. Le gain en pension est d’environ 1 % par trimestre. Le délai de retour sur investissement est typiquement de 8 à 12 ans après le départ — donc rentable si vous vivez encore 15 ans après votre départ à la retraite (probable pour la moyenne).

Et si je veux travailler quelques années en plus malgré la possibilité de partir ?

Vous pouvez continuer et bénéficier de la surcote (1,25 % par trimestre supplémentaire au-delà de votre âge plein). Vos cotisations continuent à générer des droits.

Carrière longue dans la fonction publique : c’est pareil ?

Le dispositif existe avec des règles proches mais distinctes : âge cible identique, durée requise identique, mais les trimestres « cotisés » suivent les règles spécifiques de la fonction publique (services à temps complet, bonifications militaires, etc.).

Mon employeur peut-il me retenir au-delà de la date où je veux partir en carrière longue ?

Non. Le départ à la retraite est un droit que vous pouvez exercer à tout moment dès lors que vous remplissez les conditions légales. Vous devez simplement respecter un préavis de 1 à 3 mois (selon votre ancienneté et votre convention collective).

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