La retraite progressive permet de travailler à temps partiel en fin de carrière tout en percevant une fraction de sa pension. Elle facilite la transition entre l’activité et la retraite définitive, et constitue une alternative au cumul emploi-retraite. La réforme de 2023 l’a généralisée à de nouveaux publics (fonctionnaires, professions libérales) et a ajusté son âge d’éligibilité. En 2026, près de 30 000 personnes sont en retraite progressive en France. Voici comment fonctionne ce dispositif, comment en faire la demande et combien l’on perçoit.
Le principe : ralentir progressivement
La retraite progressive offre aux salariés en fin de carrière la possibilité de :
- Réduire leur temps de travail entre 40 % et 80 % d’un temps complet ;
- Toucher une fraction de leur retraite future (de base + complémentaire), proportionnelle au temps partiel ;
- Continuer à cotiser pour augmenter la pension finale.
C’est un dispositif gagnant-gagnant : moins de fatigue, revenu maintenu (partie salaire + partie pension), et droits à retraite finale plus élevés.
L’âge d’éligibilité
Depuis la réforme du 14 avril 2023, la retraite progressive est accessible :
- À partir de 2 ans avant l’âge légal, soit 62 ans pour les générations 1968 et suivantes (âge légal à 64 ans) ;
- Pour les générations antérieures, l’âge transitoire s’applique (60 ans à 62 ans).
| Année de naissance | Âge légal | Retraite progressive possible dès |
|---|---|---|
| 1961 (sept-déc) | 62 a 3 m | 60 a 3 m |
| 1962 | 62 a 6 m | 60 a 6 m |
| 1963 | 62 a 9 m | 60 a 9 m |
| 1964 | 63 ans | 61 ans |
| 1965 | 63 a 3 m | 61 a 3 m |
| 1968 et + | 64 ans | 62 ans |
Les conditions à remplir
Vous devez cumuler :
- Atteindre l’âge requis (cf. tableau ci-dessus) ;
- Avoir validé au moins 150 trimestres dans tous les régimes (tous régimes confondus) ;
- Travailler à temps partiel (40-80 %) chez votre employeur, ou en activité réduite si vous êtes indépendant.
Ces 150 trimestres incluent les trimestres cotisés ET assimilés (chômage, maternité, maladie, etc.).
L’accord de l’employeur
C’est un point essentiel. Vous devez demander à votre employeur de passer à temps partiel. Depuis 2023 :
- L’employeur ne peut refuser que pour des motifs sérieux liés à l’activité de l’entreprise ;
- En cas de refus, il doit fournir une réponse écrite et motivée dans un délai de 2 mois ;
- L’absence de réponse vaut acceptation ;
- Le refus peut être contesté devant le conseil de prud’hommes.
Le passage à temps partiel ouvre droit à un avenant au contrat de travail indiquant : durée du travail, planning, rémunération.
Le calcul de la fraction de pension
La fraction de pension versée est inversement proportionnelle au temps partiel travaillé :
| Quotité de travail | Fraction de retraite versée |
|---|---|
| 80 % | 20 % |
| 70 % | 30 % |
| 60 % | 40 % |
| 50 % | 50 % |
| 40 % | 60 % |
Exemple : Pierre, 62 ans, salaire de 3 000 €/mois. Sa retraite calculée s’élèverait à 1 800 €/mois. Il passe à 60 % :
- Salaire à 60 % : 3 000 × 60 % = 1 800 €/mois ;
- Fraction de retraite (40 %) : 1 800 × 40 % = 720 €/mois ;
- Total mensuel : 2 520 €, contre 3 000 € à temps plein.
Il a donc un revenu de 84 % de son salaire initial pour 60 % du temps de travail — soit un gain horaire substantiel.
La retraite complémentaire Agirc-Arrco
La retraite progressive Agirc-Arrco fonctionne de manière coordonnée avec le régime général : la même fraction est appliquée à la pension complémentaire. Le calcul global est donc cohérent.
Continuer à cotiser : un atout majeur
Pendant la période de retraite progressive, vous continuez à cotiser sur votre salaire (à temps partiel). Ces cotisations :
- Améliorent votre salaire annuel moyen (pris en compte dans le calcul des 25 meilleures années si le salaire à temps partiel est plus bas — voir option ci-dessous) ;
- Génèrent des trimestres supplémentaires (4 par an si le salaire reste supérieur à 600 SMIC horaires) ;
- Génèrent des points Agirc-Arrco ;
- Augmentent la pension finale lors de la liquidation définitive.
L’option « cotisation sur salaire à temps plein »
Pour éviter que le temps partiel ne pénalise le salaire annuel moyen, vous pouvez demander à cotiser sur la base d’un salaire à temps plein. Conditions :
- Accord écrit avec votre employeur ;
- Le surcoût (différence entre cotisations 60 % et 100 %) est partagé entre vous et l’employeur, sauf accord d’entreprise spécifique.
Cette option est très favorable : votre pension finale est calculée comme si vous aviez continué à temps plein.
La demande : étapes et calendrier
Étape 1 : demander l’accord de l’employeur
Au moins 6 mois avant la date souhaitée, adressez une demande écrite à votre employeur précisant la quotité de travail souhaitée. L’employeur dispose de 2 mois pour répondre.
Étape 2 : signer l’avenant au contrat de travail
Une fois l’accord obtenu, signez un avenant précisant la nouvelle durée de travail.
Étape 3 : demander la retraite progressive auprès de la caisse
Adressez une demande à votre caisse de retraite (CARSAT, Agirc-Arrco) avec :
- Attestation de l’employeur (avenant signé) ;
- Justificatif des 150 trimestres validés ;
- Pièces classiques (identité, RIB).
Étape 4 : versement
La retraite progressive est versée à compter du 1er jour du mois suivant le passage à temps partiel.
La liquidation définitive
Lorsque vous décidez de cesser totalement votre activité, vous demandez la liquidation définitive de votre retraite, qui sera recalculée en tenant compte :
- Des trimestres supplémentaires cotisés pendant la retraite progressive ;
- Des nouveaux points Agirc-Arrco ;
- Des éventuelles surcotes si vous dépassez l’âge légal.
La pension définitive est donc supérieure à celle utilisée pour calculer la fraction versée pendant la période progressive.
Extension aux professions libérales et fonctionnaires
La réforme 2023 a élargi le dispositif :
- Fonctionnaires : depuis le 1er septembre 2023, ouverte aux fonctionnaires civils dans des conditions proches du privé ;
- Professions libérales (CNAVPL) : éligibles à partir de 2024 ;
- Indépendants (SSI) : éligibles également, avec des règles spécifiques de réduction d’activité (chiffre d’affaires).
Les limites du dispositif
La retraite progressive présente quelques limites :
- Accord de l’employeur : malgré la réforme, certains refus persistent (surtout dans les PME) ;
- Quotité minimale 40 % : vous ne pouvez pas réduire à moins de 40 % d’un temps complet ;
- Maintien dans le poste : difficulté parfois rencontrée pour adapter le travail à temps partiel ;
- Coordination Agirc-Arrco/CNAV : nécessite un suivi attentif.
Comparaison avec d’autres dispositifs
| Dispositif | Statut | Pension | Cotisations | Âge |
|---|---|---|---|---|
| Retraite progressive | Actif (partiel) | Fraction | Oui (génèrent droits) | 62+ |
| Cumul emploi-retraite | Retraité | Pleine | Oui (seconde pension) | Âge légal+ |
| Carrière longue | Retraité | Pleine | Non (arrêt) | 58-63 selon début |
| Surcote | Actif | Différée | Oui (majoration) | Âge légal+ |
Erreurs courantes à éviter
- Demander trop tard : 6 mois minimum avant la date prévue.
- Négliger l’option de cotisation à temps plein : elle protège votre pension finale.
- Oublier la cotisation Agirc-Arrco : confirmer que le passage en temps partiel ne pénalise pas vos points.
- Quitter son emploi avant la liquidation définitive : la fraction de pension est suspendue si vous cessez votre activité partielle sans demande de liquidation finale.
- Confondre temps partiel choisi et retraite progressive : la seconde implique une demande spécifique auprès de votre caisse.
Questions fréquentes
L’employeur peut-il imposer une quotité de travail ?
Non. La quotité (40 à 80 %) est demandée par le salarié. L’employeur peut toutefois proposer une quotité différente, à discuter de manière concertée.
Que se passe-t-il en cas de chômage pendant la retraite progressive ?
Si vous perdez votre emploi pendant la retraite progressive, vous pouvez percevoir l’allocation chômage uniquement sur la partie salaire. La fraction de pension est suspendue jusqu’à la reprise d’une activité partielle.
La retraite progressive est-elle compatible avec un mandat social ?
Sous certaines conditions, oui (gérant non salarié, micro-entrepreneur, etc.), mais les règles de calcul de l’activité réduite varient selon le statut. Renseignez-vous auprès de votre caisse.
Combien de temps peut-on rester en retraite progressive ?
Sans limite de durée, jusqu’à votre départ définitif. En théorie, vous pourriez rester en retraite progressive jusqu’à 70 ans ou plus, tant que vous remplissez les conditions.
Faut-il anticiper l’impact fiscal ?
Oui. Votre revenu (salaire partiel + fraction de pension) reste imposable globalement. Une simulation auprès des impôts ou via mesdroitssociaux.gouv.fr est recommandée.
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