HATVP 2026 : Haute Autorité pour la transparence de la vie publique

Présentation de la HATVP : missions, déclarations de patrimoine et d'intérêts, contrôle des élus, sanctions, composition du collège et budget en 2026.

Transparence publique Publié le 12 février 2026 Mis à jour le 15 mai 2026 10 min de lecture
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La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) est une autorité administrative indépendante française chargée de prévenir et de détecter les conflits d’intérêts et les manquements à la probité des responsables publics. Créée par la loi du 11 octobre 2013, à la suite de l’affaire Cahuzac, elle constitue aujourd’hui l’institution centrale du dispositif français de transparence de la vie publique. Ce guide présente ses missions, son organisation, ses prérogatives de contrôle et les sanctions qu’elle peut prononcer ou requérir en 2026.

Origine et fondements

La HATVP a été instituée par la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique, adoptée en réaction à l’affaire Cahuzac (révélation, en 2012-2013, d’un compte bancaire non déclaré détenu à l’étranger par le ministre du Budget). Le législateur a alors choisi de remplacer la Commission pour la transparence financière de la vie politique par une autorité dotée de pouvoirs renforcés.

La HATVP est qualifiée d’autorité administrative indépendante (AAI) : elle exerce ses missions au nom de l’État, mais sans recevoir d’instructions du gouvernement. Son indépendance est garantie par son mode de nomination collégial, par la durée et le caractère non renouvelable des mandats, ainsi que par son autonomie budgétaire.

Les missions de la HATVP

La HATVP exerce quatre grandes missions :

  1. Recueillir et contrôler les déclarations de situation patrimoniale et les déclarations d’intérêts des responsables publics.
  2. Tenir le répertoire des représentants d’intérêts (lobbies) et contrôler leurs obligations déclaratives.
  3. Conseiller les responsables publics sur les questions déontologiques (conflits d’intérêts, mobilité public-privé).
  4. Saisir le procureur de la République lorsqu’elle constate des faits susceptibles de constituer une infraction pénale.

À ces missions principales s’ajoute, depuis la loi du 6 août 2019, le contrôle de la mobilité entre secteur public et secteur privé (anciennement assuré par la Commission de déontologie de la fonction publique).

Les personnes concernées par les déclarations

Plus de 16 000 responsables publics sont tenus de transmettre à la HATVP une déclaration de situation patrimoniale et une déclaration d’intérêts. Sont notamment concernés :

  • les membres du gouvernement (Premier ministre, ministres, secrétaires d’État) ;
  • les parlementaires (députés, sénateurs, représentants français au Parlement européen) ;
  • les principaux élus locaux (présidents de conseil régional et départemental, maires des communes de plus de 20 000 habitants, présidents d’intercommunalités de plus de 20 000 habitants, adjoints aux maires des grandes villes ayant reçu délégation) ;
  • les membres des cabinets ministériels et collaborateurs du Président de la République ;
  • les dirigeants d’entreprises publiques et de certaines autorités administratives indépendantes ;
  • les magistrats des juridictions financières et les hauts fonctionnaires nommés en conseil des ministres.

Le contrôle exercé par la HATVP

La HATVP vérifie l’exhaustivité, l’exactitude et la sincérité des déclarations qui lui sont adressées. Pour ce faire, elle dispose de prérogatives spécifiques :

  • Droit de communication auprès de l’administration fiscale, des banques et des établissements financiers ;
  • Échanges d’informations avec TRACFIN, l’Agence française anticorruption (AFA) et le parquet national financier (PNF) ;
  • Possibilité de demander des explications complémentaires et de mener des vérifications approfondies, notamment sur l’évolution du patrimoine entre l’entrée et la sortie de fonctions.

En 2024, la HATVP a contrôlé plus de 2 500 déclarations et a transmis plusieurs dizaines de dossiers à la justice.

Le collège et le président

La HATVP est dirigée par un collège de treize membres :

OrigineNombre
Conseil d’État (élus par leurs pairs)2
Cour de cassation (élus par leurs pairs)2
Cour des comptes (élus par leurs pairs)2
Personnalités qualifiées nommées par le Président de la République1 (président)
Personnalités qualifiées nommées par le Président de l’Assemblée nationale3
Personnalités qualifiées nommées par le Président du Sénat3

Les mandats sont de six ans, non renouvelables. Le président est nommé par décret du Président de la République, après avis des commissions parlementaires compétentes. Didier Migaud, ancien Premier président de la Cour des comptes, a présidé la HATVP de 2020 à 2024 ; il a été remplacé par Jean-Louis Nadal puis par les présidents successifs, dont la liste à jour figure sur le site de l’autorité.

Le budget et les moyens

Le budget annuel de la HATVP s’élève à environ 8 millions d’euros en 2026, financés par le programme 308 « Protection des droits et libertés » du budget de l’État. Les effectifs comptent environ 75 agents (chargés de mission, juristes, conseillers déontologiques, informaticiens), un format relativement modeste comparé à l’ampleur de ses missions.

Les sanctions encourues

La HATVP ne dispose pas directement d’un pouvoir de sanction : elle saisit le procureur de la République lorsqu’elle constate un manquement susceptible d’être qualifié pénalement. Les principales infractions concernées sont :

  • L’omission de déclaration ou la déclaration mensongère (article 26 de la loi de 2013) : 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, assortis le cas échéant d’une interdiction des droits civiques et de l’interdiction d’exercer une fonction publique pour 10 ans au plus.
  • Le manquement aux obligations de publicité des représentants d’intérêts : 1 an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende.
  • La prise illégale d’intérêts : 5 ans d’emprisonnement et 500 000 € d’amende.

La HATVP peut également rendre publique sa décision constatant un manquement, ce qui constitue en pratique une sanction réputationnelle non négligeable.

La publicité des déclarations

Les déclarations de patrimoine des ministres et parlementaires sont publiées sur le site de la HATVP, à l’exception de certaines informations privées (numéros de comptes, identités des tiers). Les déclarations des élus locaux sont consultables en préfecture mais non publiées en ligne.

Les déclarations d’intérêts sont quant à elles intégralement publiées en ligne pour tous les responsables soumis à l’obligation, dans un objectif de prévention des conflits d’intérêts.

L’indépendance et les garanties

L’indépendance de la HATVP repose sur plusieurs garde-fous :

  • mode de nomination pluraliste du collège (trois autorités de nomination) ;
  • mandat long et non renouvelable ;
  • inamovibilité des membres durant le mandat ;
  • autonomie budgétaire et de gestion ;
  • incompatibilités strictes avec d’autres fonctions publiques ou élections.

La Cour européenne des droits de l’homme et le Conseil constitutionnel ont reconnu à plusieurs reprises la conformité de ce statut aux exigences d’indépendance et d’impartialité.

Erreurs courantes à éviter

  1. Confondre HATVP et CADA. La CADA traite l’accès aux documents administratifs ; la HATVP traite la transparence patrimoniale des responsables publics.
  2. Penser que la HATVP juge. Elle contrôle et saisit la justice mais ne prononce pas elle-même de peines pénales.
  3. Croire que toutes les déclarations sont publiques. Les déclarations de patrimoine des élus locaux ne sont pas publiées en ligne.
  4. Sous-estimer le délai de contrôle. La HATVP dispose de plusieurs années après la fin du mandat pour vérifier l’évolution patrimoniale.
  5. Ignorer le pantouflage. Tout responsable public souhaitant rejoindre le secteur privé doit saisir la HATVP avant de quitter ses fonctions.

Questions fréquentes

La HATVP peut-elle être saisie par un citoyen ?

La HATVP ne dispose pas d’une procédure de saisine ouverte au public, mais elle peut recevoir des signalements de lanceurs d’alerte et tenir compte des informations transmises par des journalistes, des ONG ou des particuliers dans le cadre de ses contrôles.

Quelle différence avec l’Agence française anticorruption (AFA) ?

L’AFA contrôle les dispositifs anticorruption mis en place par les entreprises et les administrations (article 17 de la loi Sapin 2). La HATVP cible les responsables publics en tant qu’individus, à travers leurs déclarations.

Les déclarations sont-elles consultables anonymement ?

Oui pour les déclarations publiées en ligne. La consultation des déclarations de patrimoine d’élus locaux en préfecture nécessite en revanche une demande nominative et est encadrée juridiquement (interdiction de diffusion, sauf certaines exceptions).

Combien de saisines pénales chaque année ?

La HATVP transmet en moyenne quelques dizaines de dossiers par an au parquet, sur l’ensemble de ses missions. Ces transmissions concernent principalement des omissions de déclaration, des manquements aux obligations des représentants d’intérêts et des cas de prise illégale d’intérêts.

Comment consulter une déclaration ?

Les déclarations publiées le sont sur le site hatvp.fr, dans la rubrique « Espace déclarants — Consulter les déclarations ». Une recherche par nom, fonction ou collectivité est possible.

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