La fonction publique de l’État (FPE) regroupe en 2026 près de 2,5 millions d’agents. C’est le premier employeur de France. Elle se distingue des deux autres versants par la centralisation des concours, la diversité des ministères et opérateurs employeurs, et l’existence d’écoles d’application qui prennent en charge la formation initiale des lauréats avant leur première affectation. Ce guide présente les contours de la FPE, ses principaux employeurs, ses concours emblématiques et les règles de mobilité interne.
Périmètre de la fonction publique d’État
La FPE comprend les agents :
- Des administrations centrales des ministères (cabinets, directions générales, services support) ;
- Des services déconcentrés (préfectures, directions régionales, rectorats, directions départementales) ;
- Des services à compétence nationale (Cour des comptes, Conseil d’État, autorités administratives indépendantes) ;
- D’une partie des établissements publics administratifs nationaux (Caisse des dépôts, France Travail pour partie, ANSES, ANSM…) ;
- Des juridictions administratives et judiciaires (greffiers, magistrats, fonctionnaires de justice).
Les opérateurs de l’État au sens budgétaire (universités, hôpitaux universitaires hors fonction hospitalière, organismes de recherche) ne sont pas toujours dans la FPE statu quo, mais beaucoup de leurs agents y sont rattachés.
Les principaux ministères employeurs
| Ministère | Effectifs (2026) |
|---|---|
| Éducation nationale et Enseignement supérieur | environ 1,2 million |
| Intérieur (Police, Gendarmerie, préfectures) | environ 290 000 |
| Défense (hors militaires) | environ 65 000 civils |
| Économie, Finances (DGFiP, Douanes, INSEE) | environ 130 000 |
| Justice (magistrats, greffe, pénitentiaire, PJJ) | environ 95 000 |
| Transition écologique, Agriculture, Mer | environ 70 000 |
| Travail, Santé, Solidarités, Cohésion sociale | environ 40 000 |
| Culture | environ 11 000 |
Le ministère de l’Éducation nationale est de loin le premier employeur, à lui seul presque autant que les autres ministères réunis. Cela explique le poids des concours d’enseignement dans l’ensemble des recrutements de la FPE.
Les concours nationaux
Contrairement à la fonction publique territoriale, où chaque collectivité recrute après inscription du lauréat sur une liste d’aptitude, la FPE organise des concours nationaux qui débouchent directement sur une affectation par l’administration. Quelques caractéristiques :
- Centralisation : un seul jury national par concours, des épreuves identiques sur tout le territoire ;
- Affectation imposée par le ministère après une procédure de vœux (le candidat ne choisit pas librement son lieu d’exercice) ;
- Formation en école d’application pour les corps disposant d’une école (IRA, INSP, INET pour la FPT, ENM…) ;
- Engagement de servir l’État pendant plusieurs années pour les corps formés à l’école (de 4 à 10 ans selon les écoles).
Les concours sont ouverts par arrêté ministériel publié au Journal officiel. Le calendrier annuel est consultable sur concours.gouv.fr dès le mois de septembre de l’année précédente.
Les écoles d’application
Les corps de catégorie A de la FPE sont presque tous formés en école d’application après l’admission au concours :
| École | Public formé | Durée de formation |
|---|---|---|
| INSP (Institut national du service public, ex-ENA) | Administrateurs de l’État | 24 mois |
| IRA (5 instituts régionaux d’administration) | Attachés d’administration de l’État | 12 mois |
| ENM (École nationale de la magistrature) | Magistrats | 31 mois |
| ENSP (École nationale supérieure de la police) | Commissaires de police | 21 mois |
| EOGN (École des officiers de la gendarmerie nationale) | Officiers de gendarmerie | 24 mois |
| INET (Institut national des études territoriales) | Administrateurs territoriaux (FPT) | 18 mois |
| INP (Institut national du patrimoine) | Conservateurs du patrimoine | 18 mois |
| INSPE (anciens ESPE) | Professeurs des écoles, certifiés, agrégés | 12 mois en alternance |
| ENFiP (École nationale des finances publiques) | Inspecteurs et contrôleurs DGFiP | 12 à 18 mois |
La création de l’INSP par le décret du 1er décembre 2021 a remplacé l’ENA en élargissant le recrutement (suppression du classement de sortie, ouverture sociale, parcours de spécialisation pendant les premières années).
La mobilité au sein de la FPE
Un fonctionnaire de la FPE peut changer d’affectation ou d’employeur selon plusieurs mécanismes :
Mobilité au sein du ministère
Sur demande à l’administration ou par mutation organisée selon un calendrier annuel (le mouvement national des enseignants, par exemple). Les règles varient fortement selon les ministères.
Mobilité vers un autre ministère
Par détachement (l’agent garde son corps d’origine mais sert temporairement dans un autre corps ou ministère), par mise à disposition ou par mutation lorsqu’il existe un accord entre administrations.
Mobilité vers une autre fonction publique
Par détachement ou intégration directe dans un corps ou cadre d’emplois équivalent de la fonction publique territoriale ou hospitalière. Le Code général de la fonction publique a facilité ces passerelles depuis 2022.
Mobilité hors fonction publique
Par disponibilité (jusqu’à 10 ans, parfois renouvelables) pour exercer dans le secteur privé, créer une entreprise ou élever un enfant. Le retour est de droit dans le corps d’origine.
La rémunération dans la FPE
La rémunération suit le régime indemnitaire propre à chaque ministère. Depuis le décret du 20 mai 2014, la plupart des corps administratifs sont soumis à l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (IFSE) complétée d’un complément indemnitaire annuel (CIA) lié à la manière de servir. Les corps techniques, de sécurité ou d’enseignement disposent de régimes spécifiques (ISOE pour les enseignants, ACF pour les inspecteurs DGFiP, indemnité de risque pour les pénitentiaires).
À traitement indiciaire équivalent, un agent de la FPE peut percevoir 15 à 40 % de primes en plus selon son corps et son affectation. Le ministère des Finances, l’Intérieur et la Défense pratiquent traditionnellement des régimes indemnitaires plus avantageux que l’Éducation nationale ou la Culture.
Erreurs courantes à éviter
- Confondre les concours « ministériels » et les concours « interministériels » : les IRA recrutent les attachés pour tous les ministères, tandis que la DGFiP organise ses propres concours d’inspecteurs et de contrôleurs.
- Ignorer la procédure de vœux d’affectation : le classement de sortie d’école détermine l’ordre de choix des postes. Un mauvais classement à l’INSP ou aux IRA peut conduire à une affectation très éloignée des préférences initiales.
- Croire que le détachement préserve toujours la rémunération : le détachement se fait sur le corps d’accueil, donc selon le régime indemnitaire du nouvel employeur, qui peut être inférieur.
- Sous-estimer la mobilité géographique : les premières affectations sont rarement choisies. Les corps de catégorie A peuvent être affectés sur l’ensemble du territoire, voire à l’étranger pour le ministère des Affaires étrangères.
- Oublier la période de stage : avant la titularisation, une année de stage probatoire permet à l’administration de rompre l’engagement si la manière de servir n’est pas satisfaisante.
Questions fréquentes
Comment connaître l’ensemble des concours d’État ouverts ?
Le calendrier officiel est publié sur concours.gouv.fr et mis à jour en continu. Le portail fonction-publique.gouv.fr donne aussi les programmes officiels par concours. Chaque ministère publie en outre son propre agenda de recrutement.
Le ministère des Affaires étrangères recrute-t-il par concours ?
Oui. Le concours du Quai d’Orsay recrute des secrétaires des Affaires étrangères (cadre A), des conseillers (cadre A+ après l’INSP) et des attachés à divers grades. Les affectations alternent administration centrale et postes à l’étranger, généralement sur des cycles de 3 à 4 ans.
Que devient l’agent qui échoue à la titularisation ?
Soit il est prolongé pour une nouvelle année de stage (très fréquent), soit il est réintégré dans son corps d’origine s’il était déjà fonctionnaire, soit il est licencié sans indemnité (rare).
Peut-on cumuler un emploi à la FPE et une activité privée ?
Sous conditions strictes. Le cumul d’activités est encadré par la loi du 20 avril 2016 : il doit être déclaré, autorisé par la hiérarchie et compatible avec les fonctions. Certaines activités sont libres (production littéraire, expertise judiciaire ponctuelle), d’autres soumises à autorisation.
Quelle différence entre fonctionnaire et contractuel d’État ?
Le fonctionnaire est titulaire d’un grade, recruté par concours, et bénéficie de la sécurité statutaire. Le contractuel est embauché par contrat (CDD ou CDI), sans concours, pour pourvoir un poste lorsque le besoin ne peut être couvert par un fonctionnaire. La loi du 6 août 2019 a ouvert le recrutement contractuel à un nombre croissant de postes, y compris d’encadrement.
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