Le Code du travail rassemble l’ensemble des règles applicables aux relations entre employeurs et salariés du secteur privé. Issu d’un siècle de conquêtes sociales et de jurisprudence, il garantit à toute personne salariée un socle de droits fondamentaux : durée maximale du travail, salaire minimum, congés, repos, libertés collectives. Ces droits sont d’ordre public : aucun contrat de travail ne peut y déroger dans un sens défavorable au salarié. Voici un panorama complet de ces droits, tels qu’ils s’appliquent en 2026.
La durée légale du travail : 35 heures
La durée légale du travail est fixée à 35 heures par semaine (article L. 3121-27 du Code du travail). Ce seuil n’est pas une durée maximale : il s’agit du seuil au-delà duquel les heures effectuées deviennent des heures supplémentaires, majorées en salaire ou compensées en repos.
Les durées maximales sont strictement encadrées :
- 10 heures par jour (12 heures à titre dérogatoire) ;
- 48 heures par semaine (60 heures dérogatoire exceptionnel) ;
- 44 heures en moyenne sur 12 semaines consécutives.
Des forfaits jours sont possibles pour les cadres autonomes : jusqu’à 218 jours travaillés par an, en contrepartie de garanties sur la charge de travail et le droit à la déconnexion. Les salariés à temps partiel relèvent de règles spécifiques (heures complémentaires, durée minimale de 24 heures hebdomadaires sauf dérogation).
Le salaire minimum : le SMIC
Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) garantit à tout salarié une rémunération horaire minimale, revalorisée au moins une fois par an au 1er janvier en fonction de l’inflation. En 2026, les montants du SMIC sont les suivants (à confirmer pour les revalorisations en cours d’année) :
| Indicateur | Montant brut |
|---|---|
| SMIC horaire | 11,88 € (valeur 2025, à confirmer pour 2026) |
| SMIC mensuel (35 h) | 1 801,80 € |
| SMIC mensuel net | environ 1 426,00 € |
| SMIC annuel brut | 21 621,60 € |
Le SMIC s’applique à tous les salariés majeurs, qu’ils soient en CDI, en CDD, à temps plein ou partiel. Les jeunes de moins de 18 ans ayant moins de 6 mois de pratique professionnelle peuvent percevoir un SMIC minoré (80 % avant 17 ans, 90 % de 17 à 18 ans). Les conventions collectives peuvent prévoir des minima conventionnels supérieurs au SMIC : ils s’imposent à l’employeur.
Les congés payés
Tout salarié acquiert 2,5 jours ouvrables de congés payés par mois travaillé, soit 30 jours ouvrables (5 semaines) par an pour un temps plein. Les jours s’acquièrent sur une période de référence allant en principe du 1er juin au 31 mai de l’année suivante, et se prennent sur la période qui suit, principalement du 1er mai au 31 octobre pour le congé principal.
Pendant les congés, le salarié perçoit une indemnité de congés payés au moins égale au plus favorable des deux modes de calcul : la règle du dixième (10 % de la rémunération brute totale perçue pendant la période de référence) ou le maintien de salaire (rémunération que le salarié aurait perçue s’il avait travaillé). En cas de rupture de contrat, l’indemnité compensatrice rémunère les congés non pris.
Le repos hebdomadaire et quotidien
Le Code du travail garantit à tout salarié des temps de repos minimum :
- Repos quotidien : au moins 11 heures consécutives entre deux journées de travail ;
- Repos hebdomadaire : au moins 35 heures consécutives (24 heures de repos hebdomadaire + 11 heures de repos quotidien) ;
- Repos dominical : le dimanche est en principe le jour de repos hebdomadaire, sauf dérogations sectorielles ou géographiques (zones touristiques, commerces alimentaires, etc.).
Onze jours fériés légaux sont reconnus. Seul le 1er mai est obligatoirement chômé et payé pour tous les salariés. Les autres jours fériés peuvent être travaillés selon les usages, accords ou conventions collectives.
Le droit au respect de la personne et à la santé
L’employeur a une obligation de sécurité envers ses salariés (article L. 4121-1) : il doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité et protéger leur santé physique et mentale. Cela couvre :
- La prévention des risques professionnels (document unique d’évaluation des risques) ;
- La lutte contre le harcèlement moral et sexuel ;
- Le respect de la vie privée et de la dignité ;
- La non-discrimination (article L. 1132-1) : interdiction de toute distinction fondée sur l’origine, le sexe, l’âge, l’orientation sexuelle, les opinions, la situation de famille, l’état de santé, etc.
Le salarié victime d’une atteinte à ces droits peut saisir le conseil de prud’hommes, le Défenseur des droits, ou l’inspection du travail.
Le droit de retrait
Le droit de retrait (articles L. 4131-1 et suivants) permet à tout salarié de quitter son poste ou de refuser de l’occuper s’il a un motif raisonnable de penser qu’une situation présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Conditions d’exercice :
- Le danger doit être grave (susceptible de causer une atteinte sérieuse) et imminent (susceptible de se réaliser à brève échéance) ;
- Le salarié doit alerter immédiatement l’employeur (oralement, puis par écrit) ;
- Le retrait ne doit pas créer un nouveau risque pour autrui.
L’exercice du droit de retrait dans des conditions régulières ne peut donner lieu à aucune sanction ni retenue sur salaire. En cas d’abus (motif insuffisant), des sanctions disciplinaires restent possibles.
Le droit syndical et la représentation du personnel
Le Code du travail garantit la liberté syndicale (article L. 2141-1) : tout salarié peut adhérer au syndicat de son choix, exercer un mandat, participer à des actions collectives.
Dans toute entreprise d’au moins 11 salariés, le comité social et économique (CSE) est obligatoire. Ses missions :
- Présenter les réclamations individuelles et collectives ;
- Veiller au respect du Code du travail et des conventions ;
- Promouvoir la santé, sécurité et amélioration des conditions de travail ;
- Dans les entreprises de plus de 50 salariés : être consulté sur la stratégie, la situation économique, la politique sociale.
Les représentants du personnel (membres du CSE, délégués syndicaux) bénéficient d’un statut protecteur : leur licenciement est soumis à l’autorisation préalable de l’inspection du travail.
Le droit de grève, reconnu par la Constitution, est un droit individuel exercé collectivement. Il suppose une cessation totale et concertée du travail pour des revendications professionnelles. Le salarié gréviste ne peut être ni sanctionné ni licencié, sauf faute lourde.
Le contrat de travail et ses garanties
Tout salarié dispose d’un contrat de travail, écrit ou verbal (un CDI à temps plein peut être verbal, mais l’écrit est obligatoire pour les CDD, temps partiel, intérim). Le contrat doit respecter les minima légaux et conventionnels. La modification d’un élément essentiel du contrat (rémunération, durée du travail, lieu de travail, fonctions) requiert l’accord exprès du salarié.
La rupture du contrat est encadrée : préavis, motif réel et sérieux pour le licenciement, procédure protectrice. À la fin de tout contrat, l’employeur doit remettre le certificat de travail, l’attestation France Travail et le solde de tout compte.
Erreurs courantes à éviter
- Penser que le contrat prime sur la loi : une clause défavorable au salarié est nulle, même signée.
- Renoncer par avance à des droits : la renonciation à congés, repos ou minima salariaux non encore acquis est nulle.
- Confondre durée légale et durée maximale : 35 heures n’est pas un plafond, c’est le seuil de déclenchement des majorations.
- Ignorer la convention collective : elle peut prévoir des droits supérieurs (jours de congés, indemnités, primes).
- Tarder à saisir les prud’hommes : la plupart des actions se prescrivent par 12 mois à 3 ans selon le contentieux.
Questions fréquentes
Mon employeur peut-il modifier mes horaires sans mon accord ?
Une simple modification des horaires de travail (passer de 9h-17h à 10h-18h, par exemple) constitue un changement des conditions de travail que l’employeur peut imposer dans le cadre de son pouvoir de direction. En revanche, le passage d’un horaire de jour à un horaire de nuit, ou d’un temps plein à un temps partiel, constitue une modification du contrat qui requiert votre accord écrit.
Puis-je refuser une mutation géographique ?
Cela dépend du contrat. Si une clause de mobilité est prévue, le refus peut justifier un licenciement (sauf abus). En l’absence de clause, une mutation hors du secteur géographique constitue une modification du contrat que vous pouvez refuser.
Mon employeur peut-il consulter mes mails professionnels ?
Oui, les fichiers et mails créés sur les outils professionnels sont présumés à caractère professionnel, sauf s’ils sont expressément identifiés comme personnels. Un mail clairement marqué « personnel » bénéficie du secret des correspondances et ne peut être consulté qu’en présence du salarié ou après son accord, sauf risque ou événement particulier.
Quels recours en cas de non-respect du Code du travail ?
Plusieurs voies coexistent : signaler à l’inspection du travail (contrôles, mise en demeure), saisir le conseil de prud’hommes (réparation civile), porter plainte au pénal pour les infractions (travail dissimulé, harcèlement, discrimination), ou solliciter le Défenseur des droits (discriminations).
Combien de temps conserver les bulletins de salaire ?
Toute la vie. Les bulletins de salaire servent au calcul de la retraite et peuvent être réclamés en cas de litige avec un ancien employeur ou la caisse de retraite. La conservation au format numérique sécurisé est désormais admise.
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