Déclaration d'intérêts des élus : prévenir les conflits d'intérêts

Comment fonctionne la déclaration d'intérêts des élus et hauts responsables publics en 2026 : contenu, publication, déport, contrôle et sanctions.

Transparence publique Publié le 25 février 2026 Mis à jour le 15 mai 2026 10 min de lecture
À titre informatif. Les informations fournies sur cette page sont à titre d'orientation. Pour toute démarche officielle, référez-vous aux sites institutionnels cités en sources et, si besoin, à un professionnel.

La déclaration d’intérêts est un instrument central de la prévention des conflits d’intérêts dans la sphère publique française. Elle complète la déclaration de situation patrimoniale en mettant en lumière les activités, fonctions et participations susceptibles de placer le déclarant en situation de conflit avec sa mission publique. Plus de 16 000 responsables y sont soumis depuis la loi du 11 octobre 2013. Contrairement aux déclarations de patrimoine, toutes les déclarations d’intérêts sont publiées en ligne, sur le site de la HATVP. Ce guide expose le contenu, le contrôle, le mécanisme de déport et les sanctions applicables en 2026.

Qu’est-ce qu’un conflit d’intérêts ?

L’article 2 de la loi du 11 octobre 2013 définit le conflit d’intérêts comme :

« toute situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction. »

Cette définition recouvre deux dimensions :

  • la réalité du conflit : une situation effective d’interférence ;
  • l’apparence du conflit : une situation susceptible de faire douter de l’impartialité du décideur.

Le dispositif vise à neutraliser les deux dimensions, le simple soupçon suffisant à justifier un déport.

Qui doit faire une déclaration d’intérêts ?

Sont concernés les mêmes catégories de responsables publics que pour la déclaration de patrimoine :

  • les membres du gouvernement et leurs collaborateurs ;
  • les parlementaires (députés, sénateurs, représentants au Parlement européen) ;
  • les principaux élus locaux (présidents d’exécutifs, maires de communes > 20 000 habitants, vice-présidents et adjoints délégués) ;
  • les dirigeants d’entreprises publiques et de certaines AAI ;
  • les hauts fonctionnaires nommés en conseil des ministres.

Au total, plus de 16 000 personnes transmettent une déclaration d’intérêts à la HATVP, à l’entrée et à la fin de leurs fonctions, ainsi qu’en cas de modification substantielle de leur situation.

Le contenu de la déclaration

La déclaration recense de manière exhaustive les éléments susceptibles d’engendrer un conflit d’intérêts.

Activités professionnelles

  • Activités professionnelles donnant lieu à rémunération ou gratification, exercées à la date de la déclaration et au cours des 5 années précédentes ;
  • Activités de consultant au cours des 5 dernières années ;
  • Activités professionnelles du conjoint, partenaire de PACS ou concubin.

Fonctions bénévoles et associatives

  • Participation aux organes dirigeants d’associations, fondations, partis politiques, syndicats ;
  • Mandats électifs autres que celui qui motive la déclaration.

Participations financières

  • Détention de plus de 5 % dans le capital d’une société commerciale ;
  • Mention de toutes les sociétés cotées dans lesquelles le déclarant détient des participations significatives.

Mandats sociaux et professions du conjoint

  • Mandats d’administrateur ou de dirigeant exercés ;
  • Profession et fonctions du conjoint, du partenaire de PACS ou du concubin notoire, dès lors qu’elles pourraient interférer avec la mission publique.

Liens d’intérêt antérieurs

  • Activités exercées au cours des 5 années précédentes susceptibles d’avoir un lien avec les nouvelles fonctions ;
  • Participations à des structures bénéficiant de financements publics.

La publication des déclarations

À la différence des déclarations de patrimoine, toutes les déclarations d’intérêts sont publiées en ligne, sur le site hatvp.fr, pour l’ensemble des déclarants soumis à l’obligation. La publication intervient :

  • dès la transmission initiale ;
  • à chaque mise à jour ;
  • à la fin des fonctions.

Seules certaines informations relatives à la vie privée (adresses personnelles, identités de tiers non publics) sont occultées.

Le mécanisme de déport

Lorsqu’un responsable public se trouve confronté à un dossier susceptible de l’opposer à un intérêt qu’il a déclaré, il doit se déporter, c’est-à-dire s’abstenir de participer à la décision. Le déport peut prendre la forme :

  • d’une abstention de vote ou d’avis sur le dossier ;
  • d’une délégation à un autre membre de l’institution ;
  • d’un retrait des séances ou réunions concernant le sujet.

Pour les ministres, le déport est organisé par décret pris en conseil des ministres, fixant la liste des dossiers dont le ministre concerné ne peut connaître. Pour les parlementaires, le déport relève des règlements des assemblées. Pour les élus locaux, l’article L. 1111-6 du CGCT impose une abstention systématique en cas de conflit d’intérêts.

Le contrôle exercé par la HATVP

La HATVP vérifie l’exhaustivité et la sincérité des déclarations. Elle peut :

  • demander des compléments d’information ;
  • transmettre une observation au déclarant ;
  • saisir l’autorité hiérarchique (Premier ministre, président d’assemblée, autorité de nomination) ;
  • saisir le procureur de la République en cas d’omission grave ou de fausse déclaration.

La HATVP exerce également un rôle de conseil : tout responsable public soumis à l’obligation peut la consulter en amont pour évaluer une situation potentiellement à risque.

Les sanctions

Le manquement aux obligations déclaratives expose à des sanctions sévères :

  • Omission ou fausse déclaration : 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende ;
  • Prise illégale d’intérêts (article 432-12 du code pénal) : 5 ans d’emprisonnement et 500 000 € d’amende ;
  • Interdiction des droits civiques : jusqu’à 10 ans ;
  • Interdiction d’exercer une fonction publique : jusqu’à 10 ans ;
  • Inéligibilité pour les élus.

Pour les parlementaires, l’omission peut entraîner la démission d’office prononcée par le Conseil constitutionnel sur saisine du Bureau de l’assemblée.

Comment consulter une déclaration ?

Toutes les déclarations d’intérêts publiées sont accessibles sur hatvp.fr → Espace déclarants → Consulter les déclarations. La recherche s’effectue par :

  • nom du déclarant ;
  • fonction exercée (député, ministre, maire, président de conseil régional, etc.) ;
  • collectivité ou institution concernée.

Chaque fiche affiche les déclarations initiale, modificative et de fin de fonctions, avec les pièces déclarées et, le cas échéant, les observations formulées par la HATVP.

Erreurs courantes à éviter

  1. Oublier les activités du conjoint. Les fonctions et la profession du conjoint, partenaire de PACS ou concubin notoire doivent être mentionnées si elles présentent un lien possible avec la mission publique.
  2. Ne déclarer que les activités actuelles. Les activités exercées au cours des 5 années précédentes doivent également figurer dans la déclaration.
  3. Sous-estimer les fonctions associatives. Toute fonction dirigeante ou consultative, même bénévole, doit être déclarée.
  4. Penser que le déport est facultatif. Il s’impose dès qu’un intérêt déclaré entre en interférence avec un dossier.
  5. Confondre déclaration d’intérêts et déclaration de patrimoine. Les deux sont distinctes : la première vise les conflits d’intérêts, la seconde l’enrichissement.

Questions fréquentes

Le bénévolat associatif doit-il être déclaré ?

Oui dès lors qu’il s’agit d’une fonction de direction (président, vice-président, trésorier, secrétaire général) ou d’une activité de représentation. Un simple bénévolat ponctuel sans fonction n’est pas soumis à déclaration.

Faut-il déclarer un PEA ou un compte-titres ?

Oui pour les participations supérieures à 5 % dans une société. En deçà, la déclaration porte sur la nature et le montant global du portefeuille dans la déclaration de patrimoine, sans détail action par action.

Que faire si un dossier sensible se présente après ma prise de fonctions ?

Saisissez la HATVP pour avis et organisez un déport formalisé. La HATVP délivre des avis confidentiels qui peuvent être joints au dossier pour démontrer la bonne foi du décideur.

Une rectification peut-elle être faite à tout moment ?

Oui, une déclaration modificative spontanée peut être transmise à tout moment. Elle est même obligatoire en cas de modification substantielle (nouvelle activité, nouvelle prise de participation).

Les avis de la HATVP sont-ils publics ?

Les avis individuels rendus à la demande des déclarants restent confidentiels. La HATVP publie en revanche, dans son rapport annuel, des avis de portée générale et des analyses thématiques.

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