L’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) est l’allocation principale versée aux demandeurs d’emploi en France. Financée par les cotisations patronales (la cotisation salariale a été supprimée en 2018) et gérée par l’Unédic, elle est versée par France Travail (anciennement Pôle Emploi). Depuis la réforme de 2023, sa durée a été réduite. Voici les règles applicables en 2026.
Qui peut bénéficier de l’ARE ?
Conditions générales
Pour percevoir l’ARE, vous devez remplir simultanément :
- Avoir perdu votre emploi de manière involontaire (licenciement, rupture conventionnelle, fin de CDD, fin de mission d’intérim) — ou démission légitime (voir plus bas) ;
- Avoir cotisé suffisamment longtemps : au moins 130 jours travaillés ou 910 heures travaillées sur les 24 derniers mois (36 derniers mois si vous avez 53 ans ou plus) ;
- Être inscrit comme demandeur d’emploi auprès de France Travail ;
- Être physiquement apte au travail ;
- Rechercher activement un emploi (preuve par un contrat d’engagement) ;
- Ne pas avoir atteint l’âge de la retraite à taux plein ;
- Résider en France (sauf accords UE/EEE/Suisse).
Démissions légitimes
En principe, la démission n’ouvre pas droit à l’ARE. Exception : certaines démissions dites « légitimes » :
- Suivre son conjoint muté professionnellement ;
- Mariage ou PACS entraînant un changement de domicile ;
- Démission pour création d’entreprise (avec projet préparé via le CEP) ;
- Démission après projet de reconversion professionnelle validé par France Travail ;
- Démission suite à un acte délictueux subi sur le lieu de travail (harcèlement, violences) ;
- Démission suite à des impayés de salaire (3 mois) ;
- Démission pour suivre un enfant handicapé dans un établissement spécialisé éloigné.
Liste exhaustive sur unedic.org.
Rupture conventionnelle
Vous avez toujours droit à l’ARE après une rupture conventionnelle, à condition d’avoir respecté les délais de procédure et d’être par ailleurs éligible.
Le calcul du montant
Le salaire journalier de référence (SJR)
Le montant de l’ARE est calculé à partir de votre salaire journalier de référence (SJR), qui est la moyenne quotidienne de vos rémunérations brutes perçues sur les 24 derniers mois (36 mois si 53+ ans).
Depuis la réforme de 2021, la méthode de calcul du SJR a changé : les jours non travaillés ne sont plus intégralement exclus. Cela peut réduire le SJR pour les personnes ayant connu des contrats courts entrecoupés de périodes de chômage.
La formule
Votre allocation journalière brute est égale au plus avantageux des deux calculs :
- 40,4 % du SJR + 13,55 € par jour (montants 2025 à confirmer 2026) ;
- 57 % du SJR.
Plancher : 31,97 € par jour minimum.
Plafond : 75 % du SJR.
Exemple concret
Un salarié ayant gagné 2 400 € brut/mois pendant 24 mois :
- Salaire brut total : 57 600 € sur 24 mois ;
- SJR : 57 600 / 730 = 78,90 €/jour (730 = 24 mois × 30,42 jours moyens) ;
- Allocation : max(40,4 % × 78,90 + 13,55 ; 57 % × 78,90) = max(45,42 ; 44,97) = 45,42 €/jour ;
- Mensuel net (après prélèvements ~3 %) : environ 1 360 €.
Prélèvements
L’ARE est soumise à :
- CSG 6,2 % (sur 98,25 % de l’allocation) — sauf si vous êtes exonéré pour faibles revenus ;
- CRDS 0,5 % ;
- Cotisation retraite complémentaire (Agirc-Arrco) : retenue de 3 %.
L’ARE est imposable au titre de l’impôt sur le revenu, soumise au prélèvement à la source.
La durée d’indemnisation
Règle générale depuis février 2023
La durée d’indemnisation est modulée selon la conjoncture économique. Lorsque le taux de chômage national est inférieur à 9 % (cas actuel en 2025-2026), la durée est réduite de 25 % par rapport au calcul théorique.
Concrètement :
| Durée d’affiliation | Durée d’indemnisation max (sous 9 % chômage) |
|---|---|
| 6 mois | 4,5 mois (au lieu de 6) |
| 12 mois | 9 mois (au lieu de 12) |
| 24 mois | 18 mois (au lieu de 24) |
Durée maximale
Pour les moins de 53 ans : 18 mois (au lieu de 24 mois antérieurement).
Pour les 53-54 ans : 22,5 mois (au lieu de 30 mois).
Pour les 55 ans et plus : 27 mois (au lieu de 36 mois).
Mécanisme de retour à la durée normale
Si le taux de chômage repasse au-dessus de 9 %, la durée d’indemnisation est immédiatement rétablie à 100 % (pour les nouveaux entrants). Le décret du 26 janvier 2023 est la base juridique de ce mécanisme.
Le différé d’indemnisation
Avant le premier versement, plusieurs délais peuvent s’appliquer :
Différé congés payés
Si vous avez perçu une indemnité compensatrice de congés payés en fin de contrat, le versement de l’ARE est reporté du nombre de jours correspondants.
Différé spécifique d’indemnités supra-légales
Si vous avez perçu des indemnités de rupture supérieures aux minimums légaux (par exemple dans une transaction ou une convention collective avantageuse), le différé peut atteindre jusqu’à 150 jours (jusqu’à 5 mois).
Délai d’attente de 7 jours
Tous les demandeurs subissent un délai d’attente de 7 jours non indemnisés, après les autres différés.
Démarches à France Travail
Inscription
L’inscription se fait exclusivement en ligne sur francetravail.fr dans les 12 mois suivant la fin de votre contrat (au-delà, vos droits sont perdus). Les premiers versements interviennent après un délai d’instruction de 2 à 4 semaines (plus les différés).
Contrat d’engagement
Vous signez un contrat d’engagement précisant votre projet professionnel, vos démarches, et l’accompagnement de France Travail. Depuis 2024, ce contrat inclut une activité hebdomadaire d’au moins 15 heures (formation, ateliers, immersions, recherche active).
Actualisation mensuelle
Tous les mois, entre le 28 et le 15 du mois suivant, vous devez actualiser votre situation sur francetravail.fr ou par téléphone (3949). Vous déclarez :
- Vos heures travaillées dans le mois (cumul emploi-ARE) ;
- Tout changement de situation ;
- Votre poursuite de la recherche d’emploi.
Sans actualisation, vous êtes radié et le versement est suspendu.
Cumul ARE et activité
Vous pouvez reprendre une activité sans perdre vos droits à l’ARE non encore consommés. Pendant la reprise d’activité :
- Indemnisation partielle : le revenu d’activité est partiellement déduit de l’ARE (selon une formule complexe : ARE versée = ARE × (1 - 0,7 × salaire / 30 jours)) ;
- Plafond : le cumul (salaire + ARE) ne peut pas dépasser votre ancien salaire brut moyen ;
- Maintien des droits non consommés : les jours non indemnisés sont reportés à la fin du contrat suivant, dans la limite de la durée totale du droit.
C’est ce qu’on appelle l’« indemnisation au mois le mois » ou droit d’option différé.
En fin de droits
Si vos droits ARE arrivent à terme sans que vous ayez retrouvé un emploi durable :
- ASS — Allocation de solidarité spécifique : 18,82 €/jour (567 € mensuels environ), versée par France Travail si vous avez travaillé au moins 5 ans dans les 10 dernières années et que vos ressources restent sous les plafonds ;
- RSA : si vous n’êtes pas éligible à l’ASS ou si l’ASS est plus faible que le RSA ;
- AAH si handicap.
Erreurs courantes à éviter
- Tarder à s’inscrire : la rétroactivité est limitée. Inscrivez-vous dès le lendemain de la fin de contrat.
- Manquer une actualisation : la radiation entraîne une suspension immédiate.
- Sous-déclarer ses heures travaillées : France Travail croise avec les déclarations sociales — les écarts génèrent des indus.
- Refuser une offre « raisonnable » : France Travail évalue le caractère raisonnable. Un refus injustifié peut sanctionner.
- Ne pas exercer son droit d’option différé quand on reprend un CDD : on perd des jours d’indemnisation reportés.
Questions fréquentes
Démissionner et toucher l’ARE : c’est vraiment possible ?
Oui, si votre démission est légitime (liste limitative). Sinon : 4 mois après votre démission, vous pouvez demander à France Travail un réexamen de votre dossier au regard de votre situation et de vos efforts de recherche. C’est rare mais possible.
Je touche une retraite et je veux reprendre un emploi. Si je le perds, droit à l’ARE ?
Si vous percevez la retraite à taux plein, vous n’avez plus droit à l’ARE. Sinon, vous pouvez prétendre à l’ARE jusqu’à liquidation de votre retraite à taux plein.
L’ARE est-elle saisissable ?
Partiellement saisissable dans les mêmes proportions que les salaires (la quotité saisissable dépend du barème en vigueur, fonction du revenu).
Que se passe-t-il si je pars vivre à l’étranger ?
Vous pouvez exporter votre ARE dans un autre pays de l’UE/EEE/Suisse pendant 3 mois maximum (sous conditions), pour y chercher un emploi. Au-delà ou hors UE, l’ARE est suspendue.
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