Avec la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales en 2023, la taxe foncière est devenue l’unique impôt local payé par la majorité des propriétaires de leur logement. Elle a augmenté de 33 % en moyenne entre 2010 et 2024, parfois beaucoup plus dans les grandes villes. Voici comment elle est calculée, qui peut être exonéré, et comment contester un avis erroné.
Qui paie la taxe foncière ?
La taxe foncière est due par tout propriétaire d’un bien immobilier au 1er janvier de l’année d’imposition. Cela inclut :
- Les propriétaires occupants (résidence principale) ;
- Les propriétaires bailleurs (résidences locatives, locaux professionnels) ;
- Les usufruitiers (sauf clause contraire dans l’acte de démembrement) ;
- Les SCI et autres sociétés détentrices de biens immobiliers.
Particularités :
- En cas de vente en cours d’année, l’acte notarié prévoit généralement une proratisation entre vendeur et acquéreur, mais c’est le vendeur (propriétaire au 1er janvier) qui reçoit l’avis et reste légalement débiteur ;
- Les locataires ne paient pas la taxe foncière mais ils peuvent rembourser au bailleur la TEOM (taxe d’enlèvement des ordures ménagères) qui figure sur le même avis, si le bail le prévoit ;
- En copropriété, chaque lot est taxé séparément, mais une fraction des parties communes est ajoutée à chaque lot.
Le calcul de la taxe foncière
La formule officielle :
Taxe foncière = (Valeur locative cadastrale × 50 %) × Taux global voté par les collectivités
La valeur locative cadastrale (VLC)
C’est le loyer théorique annuel que produirait le bien s’il était loué dans des conditions normales. Calculée par la DGFiP à partir de critères datant des années 1970 (parfois ré-évaluée localement par révision), elle figure sur votre avis sous le terme « base d’imposition ».
Pour un appartement de 70 m² dans une ville moyenne, la VLC est typiquement de 3 000 à 6 000 € par an. Pour une maison de 120 m² avec terrain, plutôt 5 000 à 9 000 €.
L’abattement forfaitaire de 50 %
Cet abattement représente les charges normales du propriétaire (entretien, assurance, gestion). Il est appliqué automatiquement.
Le taux global
Cumul des taux votés par :
- La commune (le plus gros poste, souvent 20 à 30 %) ;
- L’intercommunalité (5 à 15 %) ;
- Le département (uniquement pour les terrains non bâtis depuis 2021).
Moyenne nationale 2024 sur les biens bâtis : environ 35 % de taux global. Maximum observé : autour de 65 % dans certaines villes (Grenoble, Strasbourg, Nantes).
La TEOM (en plus)
La taxe d’enlèvement des ordures ménagères est ajoutée à l’avis. Son taux varie de 5 à 20 % de la VLC selon la commune. C’est cette taxe que le bailleur peut récupérer auprès de son locataire.
Les frais de gestion
L’État prélève 3 % à 9 % de frais de gestion sur le montant total, selon les communes.
Les exonérations principales
Exonération temporaire pour construction neuve
Les logements neufs sont exonérés de taxe foncière pendant 2 ans, à compter du 1er janvier de l’année suivant l’achèvement.
Conditions :
- Déclarer l’achèvement des travaux dans les 90 jours (formulaire H1 pour une maison, H2 pour un appartement) ;
- L’exonération porte sur la part communale ou non, selon la décision de chaque commune (à vérifier).
Exonération pour personnes âgées et modestes
Sont totalement exonérés pour leur résidence principale :
- Les bénéficiaires de l’ASPA (Allocation de solidarité aux personnes âgées) ou de l’ASI (Allocation supplémentaire d’invalidité) ;
- Les personnes âgées de plus de 75 ans au 1er janvier dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas le plafond (12 704 € pour une part en 2025, +3 393 € par demi-part supplémentaire).
Le bénéfice est automatique si vous remplissez les conditions — la DGFiP applique l’exonération sans démarche. Mais en cas d’oubli, écrivez à votre SIP.
Dégrèvement pour personnes de 65 à 74 ans modestes
Si vous avez entre 65 et 74 ans et que vos revenus restent sous le plafond, vous bénéficiez d’un dégrèvement de 100 € sur votre taxe foncière (résidence principale uniquement).
Bénéficiaires de l’AAH
Les titulaires de l’Allocation aux adultes handicapés sont exonérés sous condition de revenu fiscal de référence identique à celle des personnes âgées.
Exonération pour logement rénové énergétiquement
Certaines communes votent une exonération partielle (jusqu’à 100 % sur 3 ans) pour les logements ayant fait l’objet d’une rénovation énergétique importante (gain de classe DPE). À vérifier auprès de votre mairie.
Plafonnement en fonction des revenus
Pour les contribuables modestes, le plafonnement de la taxe foncière à 50 % des revenus s’applique (article 1391 B ter CGI) si le revenu fiscal de référence ne dépasse pas 30 388 € pour la première part (avec majorations par demi-part supplémentaire).
Comment contester sa taxe foncière
Délai
Vous avez jusqu’au 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement pour contester. Pour la taxe 2026 reçue en septembre-octobre 2026, vous avez donc jusqu’au 31 décembre 2027.
Motifs valables
- Erreur sur la surface ou la consistance du bien (terrain, dépendances) ;
- Valeur locative cadastrale surévaluée (état du logement dégradé, vétusté importante) ;
- Oubli d’une exonération à laquelle vous aviez droit ;
- Double imposition (rare mais possible en cas d’erreur cadastrale) ;
- Vente du bien avant le 1er janvier non prise en compte.
Démarche
-
Réclamation préalable auprès du Service des impôts des particuliers (SIP) dont dépend le bien :
- En ligne : impots.gouv.fr → « Nous contacter » → « Réclamer » ;
- Par courrier : adresse du SIP figurant sur l’avis (recommandé avec AR conseillé) ;
- Sur place : en prenant rendez-vous au centre des impôts.
-
Joindre les justificatifs :
- Avis de taxe foncière contesté ;
- Justificatif de surface (acte notarié, attestation d’architecte) ;
- Justificatifs de revenus pour les demandes d’exonération ;
- Photos en cas de vétusté manifeste.
-
Réponse de l’administration : sous 6 mois en principe (4 ans en cas de procédure complexe). L’absence de réponse vaut rejet implicite.
-
Recours juridictionnel : en cas de rejet, vous avez 2 mois pour saisir le tribunal administratif. Représentation par avocat non obligatoire pour les contestations en première instance.
Important : la réclamation ne dispense pas du paiement dans les délais. Si vous ne payez pas pendant la procédure, vous risquez des pénalités. Vous pouvez cependant demander un sursis de paiement lors de la réclamation, sous certaines conditions (constituer des garanties si la somme dépasse 4 500 €).
Le rééchelonnement de paiement
Si vous ne contestez pas mais que vous avez des difficultés à payer, vous pouvez demander :
- Un étalement (échelonnement sur 3 à 12 mois) ;
- Une remise gracieuse (totale ou partielle) en cas de situation exceptionnelle (chômage, deuil, maladie grave).
La demande se fait sur impots.gouv.fr ou par courrier au SIP.
La mensualisation : option recommandée
Plutôt que de payer en un seul prélèvement en octobre, vous pouvez mensualiser votre taxe foncière. Avantages :
- Paiement étalé sur 10 mois (janvier à octobre) avec ajustement en novembre et décembre ;
- Une mensualité offerte (le solde est calculé sur 10 mensualités) ;
- Pas de pénalité de retard.
Demande à formuler avant le 15 décembre pour l’année suivante, sur impots.gouv.fr ou par téléphone (0809 401 401).
Erreurs courantes à éviter
- Confondre taxe foncière et taxe d’habitation : la première reste due par tous les propriétaires, la seconde n’a été supprimée que pour les résidences principales.
- Croire que la rénovation augmente automatiquement la VLC : seules certaines évolutions (extension, surélévation, changement d’affectation) déclenchent une révision. La rénovation énergétique sans changement de surface n’augmente pas la VLC.
- Oublier de déclarer un bien acquis dans les 90 jours suivant l’acquisition (formulaire H1).
- Penser que payer vaut acceptation : payer n’empêche pas de contester ensuite (dans les délais).
Questions fréquentes
Je n’ai pas reçu mon avis. Que faire ?
Connectez-vous à votre espace particulier sur impots.gouv.fr, rubrique « Documents ». Si l’avis n’y figure pas, contactez votre SIP. Vous restez débiteur même sans réception de l’avis — le non-paiement entraîne des pénalités.
Mon ex-conjoint et moi sommes copropriétaires. Qui paie ?
Les deux copropriétaires sont solidairement responsables. En pratique, l’administration adresse l’avis au premier nommé sur l’acte. La répartition entre vous est une affaire civile, à formaliser dans la convention de divorce ou la convention de partage.
Vente à un acquéreur : qui paie la taxe foncière de l’année ?
Légalement, c’est le propriétaire au 1er janvier. L’usage notarial est de prévoir une clause de répartition au prorata temporis dans l’acte. Vérifiez votre acte.
La taxe foncière sur un parking ou une cave est-elle séparée ?
Si le parking ou la cave est dans la même copropriété que le logement, ils sont généralement intégrés au même avis. S’ils sont dans une autre copropriété (parking acheté séparément), ils font l’objet d’un avis distinct.
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