L’impôt sur le revenu français repose sur trois mécanismes combinés : un barème progressif en cinq tranches, un quotient familial qui tient compte de la composition du foyer, et plusieurs correctifs (décote, contribution exceptionnelle, plafonnement). Comprendre l’enchaînement de ces étapes permet de vérifier son avis d’imposition, d’arbitrer entre options fiscales et d’anticiper l’effet d’un changement de situation. Ce guide détaille la méthode officielle pas à pas pour 2026 (revenus 2025), avec plusieurs exemples chiffrés couvrant les configurations les plus fréquentes : célibataire, couple sans enfant, couple avec enfants, contribuable à très hauts revenus.
Le barème 2026 en cinq tranches
Le barème applicable aux revenus 2025 (impôt payé en 2026) est codifié à l’article 197 du Code général des impôts. Il comporte cinq tranches, indexées chaque année sur l’inflation par la loi de finances :
| Tranche | Revenu imposable par part | Taux marginal |
|---|---|---|
| 1 | jusqu’à 11 497 € | 0 % |
| 2 | de 11 498 € à 29 315 € | 11 % |
| 3 | de 29 316 € à 83 823 € | 30 % |
| 4 | de 83 824 € à 180 294 € | 41 % |
| 5 | au-delà de 180 294 € | 45 % |
Les seuils ci-dessus correspondent aux valeurs publiées par la DGFiP pour l’imposition des revenus 2025. Ils peuvent évoluer pour 2026 selon la loi de finances.
Le barème est progressif par tranche : seule la fraction du revenu qui dépasse un seuil est taxée au taux supérieur. Il ne suffit donc pas de multiplier le revenu total par un taux unique.
Étape 1 : déterminer le revenu net imposable
Le revenu net imposable n’est pas le salaire brut ni le net perçu. Il s’obtient par la chaîne suivante :
- Revenu brut des salaires, pensions et autres revenus catégoriels ;
- moins les cotisations sociales déductibles (déjà retirées par l’employeur sur les fiches de paie) ;
- moins l’abattement de 10 % (frais professionnels forfaitaires) ou les frais réels ;
- plus les autres revenus : fonciers, BIC/BNC, plus-values, revenus de capitaux mobiliers ;
- moins les charges déductibles du revenu global : pensions alimentaires, versements PER, CSG déductible, etc.
Le résultat constitue le revenu net imposable global.
Étape 2 : appliquer le quotient familial
Le quotient familial divise le revenu net imposable par un nombre de parts dépendant de la composition du foyer fiscal :
| Situation | Nombre de parts |
|---|---|
| Célibataire, veuf ou divorcé sans enfant | 1 |
| Couple marié ou pacsé sans enfant | 2 |
| Couple avec 1 enfant | 2,5 |
| Couple avec 2 enfants | 3 |
| Couple avec 3 enfants | 4 (les enfants suivants comptent pour 1 part chacun) |
| Parent isolé avec 1 enfant | 2 (case T cochée) |
Chaque demi-part supplémentaire correspond à 0,5 part. Les troisième enfant et suivants comptent pour 1 part entière.
Le revenu par part est ensuite passé au barème, l’impôt par part est ramené au foyer en multipliant par le nombre de parts. Ce mécanisme atténue la progressivité pour les foyers ayant plusieurs personnes à charge.
Plafonnement du quotient familial
L’avantage retiré du quotient familial est plafonné : 1 791 € par demi-part additionnelle pour les revenus 2025 (valeur indicative, à confirmer pour 2026). Au-delà, l’administration calcule un impôt sans les demi-parts et corrige.
Étape 3 : calculer l’impôt brut
Reprenons la méthode officielle, identique à celle du simulateur DGFiP :
- Diviser le revenu net imposable (R) par le nombre de parts (N) : R / N = quotient.
- Appliquer le barème à ce quotient : on obtient l’impôt par part.
- Multiplier par N : impôt brut du foyer.
- Si applicable, plafonner l’avantage tiré des demi-parts.
Exemple 1 : célibataire, 32 000 € de revenu imposable
- Revenu / parts = 32 000 / 1 = 32 000 €.
- Tranche 1 (0 à 11 497 €) : 0 %.
- Tranche 2 (11 498 à 29 315 €) : (29 315 - 11 497) × 11 % = 17 818 × 0,11 = 1 960 €.
- Tranche 3 (29 316 à 32 000 €) : (32 000 - 29 315) × 30 % = 2 685 × 0,30 = 806 €.
- Impôt brut : 2 766 €, soit un taux moyen de 8,6 %.
Exemple 2 : couple marié sans enfant, 60 000 € de revenu imposable
- Revenu / parts = 60 000 / 2 = 30 000 €.
- Tranche 2 : 17 818 × 11 % = 1 960 €.
- Tranche 3 : (30 000 - 29 315) × 30 % = 685 × 0,30 = 206 €.
- Impôt par part : 2 166 €.
- Impôt brut du foyer : 2 166 × 2 = 4 331 €.
Exemple 3 : couple avec 2 enfants, 75 000 € de revenu imposable
- Parts = 3 (deux adultes + 2 enfants à 0,5 part chacun).
- Revenu / parts = 75 000 / 3 = 25 000 €.
- Tranche 2 : (25 000 - 11 497) × 11 % = 13 503 × 0,11 = 1 485 €.
- Impôt par part : 1 485 €.
- Impôt avant plafonnement : 1 485 × 3 = 4 456 €.
Pour vérifier le plafonnement, on recalcule un impôt sans demi-parts (parts = 2) :
- 75 000 / 2 = 37 500 €.
- Tranche 2 : 1 960 € ; tranche 3 : (37 500 - 29 315) × 30 % = 2 456 €. Total par part : 4 416 €. Impôt sans enfants : 4 416 × 2 = 8 831 €.
- Avantage tiré des enfants : 8 831 - 4 456 = 4 375 €. Plafond pour 2 demi-parts : 1 791 × 2 = 3 582 €. L’avantage est donc plafonné : impôt corrigé = 8 831 - 3 582 = 5 249 €.
Exemple 4 : haut revenu, 250 000 € pour un célibataire
- 11 497 × 0 % + 17 818 × 11 % + 54 508 × 30 % + 96 471 × 41 % + (250 000 - 180 294) × 45 % = 0 + 1 960 + 16 352 + 39 553 + 31 367 = 89 232 € d’impôt brut.
Étape 4 : la décote pour les revenus modestes
La décote allège l’impôt des contribuables faiblement imposables. Pour les revenus 2025, elle s’applique lorsque l’impôt avant décote est inférieur à :
- 1 964 € pour un célibataire ;
- 3 248 € pour un couple.
Formule :
- Célibataire : décote = 889 € - (impôt × 45,25 %).
- Couple : décote = 1 470 € - (impôt × 45,25 %).
Si le résultat est positif, il vient en diminution de l’impôt. Cela évite des « entrées dans l’impôt » brutales et explique pourquoi les premiers euros au-dessus du seuil de non-imposition génèrent peu d’impôt.
Étape 5 : la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR)
Instaurée en 2011, la CEHR s’ajoute à l’impôt sur le revenu pour les très hauts revenus. Elle est calculée sur le revenu fiscal de référence (RFR) :
| Situation | Seuil | Taux |
|---|---|---|
| Célibataire | 250 001 à 500 000 € | 3 % |
| Célibataire | au-delà de 500 000 € | 4 % |
| Couple | 500 001 à 1 000 000 € | 3 % |
| Couple | au-delà de 1 000 000 € | 4 % |
Un mécanisme de lissage existe pour les contribuables dont les revenus ont fortement augmenté l’année considérée par rapport aux deux années précédentes (article 223 sexies CGI).
Étape 6 : crédits, réductions et prélèvement à la source
L’impôt après décote et CEHR est ensuite diminué des réductions puis des crédits d’impôt (emploi à domicile, garde d’enfants, dons, etc.). Le solde constitue l’impôt net. Ce dernier est comparé aux prélèvements à la source opérés en 2025 :
- si les prélèvements sont supérieurs à l’impôt net, vous recevez un remboursement (généralement en juillet-août) ;
- si les prélèvements sont inférieurs, vous payez le solde à partir de septembre (en une ou quatre fois selon le montant).
Erreurs courantes à éviter
- Confondre taux marginal et taux moyen. Le taux marginal (TMI) s’applique au dernier euro gagné ; le taux moyen est l’impôt divisé par le revenu total. Ne calculez jamais l’impôt en multipliant le revenu par le seul TMI.
- Oublier le plafonnement du quotient familial. Pour les revenus moyens à élevés avec plusieurs enfants, l’avantage retiré des demi-parts est limité, ce qui change le résultat.
- Croire que la décote disparaît au premier euro au-dessus du seuil. Elle décroît progressivement : il n’existe pas d’« effet de seuil » brutal.
- Mal qualifier le revenu de référence pour la CEHR. La CEHR se calcule sur le RFR, pas sur le revenu imposable.
- Ignorer les revenus de placement. Les plus-values mobilières, dividendes et intérêts s’ajoutent au revenu imposable (sauf option pour le PFU à 30 %).
Questions fréquentes
Comment connaître ma tranche marginale d’imposition ?
Divisez votre revenu net imposable par votre nombre de parts. Le résultat tombe dans l’une des cinq tranches du barème : c’est votre TMI. Elle figure également sur votre avis d’imposition dans la partie « informations complémentaires ».
Le simulateur officiel est-il fiable ?
Oui. Le simulateur DGFiP (impots.gouv.fr/simulateurs) intègre l’ensemble des mécanismes décrits ci-dessus, y compris le plafonnement du quotient et la décote. Il propose deux modes : simplifié (la plupart des situations) et complet (revenus catégoriels, options spécifiques).
Le mariage ou le PACS change-t-il toujours l’impôt à la baisse ?
Pas toujours. Lorsque les deux conjoints ont des revenus proches, le gain est généralement nul. L’imposition commune est avantageuse lorsque les revenus sont déséquilibrés, car le quotient lisse les écarts.
Comment calculer l’impôt si je change de situation en cours d’année ?
En cas de mariage, PACS, divorce ou décès, vous pouvez désormais déposer une déclaration unique sur l’année entière (depuis 2011). Le quotient familial s’apprécie en principe au 31 décembre, sauf option contraire. Le simulateur DGFiP permet de comparer les scénarios.
La CEHR s’applique-t-elle à tous les revenus ?
Oui, sur le revenu fiscal de référence, qui inclut les revenus soumis au barème et certains revenus soumis à prélèvement forfaitaire (plus-values, dividendes hors abattement). Elle s’ajoute à l’impôt classique et ne remplace pas le barème.
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