AAH 2026 : déconjugalisation, montant, conditions

L'Allocation aux adultes handicapés après la déconjugalisation d'octobre 2023 : taux d'incapacité, revenus pris en compte, montant maximum, démarches MDPH.

Allocations et aides sociales Publié le 20 avril 2026 Mis à jour le 15 mai 2026 10 min de lecture
À titre informatif. Les informations fournies sur cette page sont à titre d'orientation et ne se substituent pas à un conseil personnalisé d'un agent CAF, France Travail ou de l'Assurance Maladie. Pour toute démarche officielle, contactez votre caisse.

L’Allocation aux adultes handicapés (AAH) est versée à plus de 1,3 million de personnes en France. Créée en 1975, elle a connu une réforme historique en octobre 2023 avec la « déconjugalisation » — les revenus du conjoint ne sont plus pris en compte dans le calcul. Cette réforme a permis à environ 120 000 personnes d’accéder à l’AAH ou d’en voir le montant augmenter. Voici l’état du dispositif en 2026.

Qu’est-ce que l’AAH ?

L’AAH est un revenu minimum garanti versé par la CAF (ou la MSA) aux personnes en situation de handicap qui ne peuvent pas travailler ou ne peuvent travailler que partiellement. Elle vise à compenser l’incapacité de travail liée au handicap.

C’est une prestation non contributive : elle n’est pas liée à un parcours de cotisations préalable. Elle est financée par l’État.

Conditions d’éligibilité

Conditions administratives

  • Être âgé d’au moins 20 ans (16 ans si vous n’êtes plus rattaché au foyer fiscal de vos parents) ;
  • Résider en France de manière stable ;
  • Être français, ressortissant UE/EEE/Suisse, ou étranger en situation régulière depuis au moins 3 mois.

Conditions médicales

Le taux d’incapacité doit être reconnu par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de votre MDPH :

  • Taux d’incapacité ≥ 80 % : AAH attribuée sans condition de capacité de travail ;
  • Taux entre 50 % et 79 % : AAH attribuée si la CDAPH reconnaît une restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi (RSDAE) liée au handicap.

La reconnaissance du taux d’incapacité ouvre l’AAH mais aussi d’autres droits : carte mobilité inclusion (CMI), RQTH, exonérations fiscales, prestation de compensation du handicap (PCH).

Conditions financières

Depuis la déconjugalisation au 1er octobre 2023, seules vos propres ressources sont prises en compte (et non plus celles de votre conjoint).

Plafond annuel de ressources pour percevoir l’AAH (2025, à confirmer pour 2026) :

  • 12 192 € pour une personne seule (équivalent du montant maximum AAH annuel) ;
  • Avec une majoration pour enfants à charge :
      • 6 096 € par enfant à charge (50 % du plafond).

Les ressources prises en compte sont celles des 3 derniers mois précédant la demande (ou de l’année N-2 selon le cas), ramenées à une base annuelle.

Le montant de l’AAH

Montant maximum 2026

1 016,05 € par mois (valeur 2025, à confirmer après la revalorisation du 1er avril 2026).

Ce montant est dégressif en fonction de vos revenus :

  • Sans aucun revenu : AAH au montant maximum ;
  • Avec des revenus inférieurs à 12 192 € annuels : AAH versée pour la différence ;
  • Au-delà du plafond : pas d’AAH.

Cumul avec une activité professionnelle

L’AAH peut être cumulée avec un emploi, partiellement. Les revenus d’activité sont abattus à 80 % sur les 4 premiers mois, puis à un taux variable selon le niveau de salaire :

  • 80 % pour la part des revenus < 0,3 × SMIC mensuel ;
  • 40 % au-delà.

Ce dispositif d’intéressement permet de cumuler l’AAH et un mi-temps en ESAT (Établissement et service d’aide par le travail) ou un emploi en milieu ordinaire, jusqu’à un certain seuil.

Cumul avec une pension

L’AAH peut compléter une pension d’invalidité ou une retraite anticipée pour handicap si ces ressources sont inférieures au plafond. C’est le complément différentiel : l’AAH ajuste le total au montant maximum.

La déconjugalisation : ce qui a changé en 2023

Avant octobre 2023, les revenus du conjoint étaient pris en compte dans le calcul de l’AAH. Une personne en situation de handicap mariée à un conjoint disposant d’un salaire modeste pouvait voir son AAH réduite voire supprimée. Ce mécanisme a longtemps été dénoncé comme une « prime au célibat » et une source de dépendance financière envers le conjoint.

Depuis le 1er octobre 2023, seules vos propres ressources sont prises en compte. 120 000 bénéficiaires ont vu leur AAH augmenter ou être rétablie ; 30 000 nouvelles personnes y ont accédé.

Attention : pour quelques rares cas, la formule antérieure était plus favorable (cas marginaux où le conjoint avait des charges très lourdes). La loi prévoit une clause de maintien des droits : la CAF applique automatiquement la formule la plus favorable.

Les compléments possibles

Majoration pour la vie autonome (MVA)

104,77 € par mois (en 2025), pour les bénéficiaires de l’AAH qui :

  • Ont un taux d’incapacité ≥ 80 % ;
  • Vivent dans un logement indépendant ;
  • Perçoivent une aide au logement (APL, ALS, ALF) ;
  • Ne perçoivent pas de revenus d’activité.

Complément de ressources (en extinction)

Pour les bénéficiaires entrés dans le dispositif avant le 1er décembre 2019. Il continue à être versé tant que les conditions sont remplies, mais n’est plus accessible aux nouveaux bénéficiaires.

PCH — Prestation de compensation du handicap

Distincte de l’AAH, la PCH finance des aides concrètes : aide humaine, aide technique, aménagement du logement ou du véhicule. Attribuée par la MDPH sans condition de ressources (mais avec une participation selon les revenus pour certains volets).

Démarches

Étape 1 : monter le dossier MDPH

C’est l’étape la plus longue. Vous devez :

  1. Retirer le formulaire Cerfa 15692 auprès de la MDPH de votre département ou le télécharger sur cnsa.fr ;
  2. Remplir la partie administrative + le projet de vie (essentiel : c’est votre expression libre de votre situation, vos difficultés, vos besoins) ;
  3. Joindre un certificat médical (formulaire Cerfa 15695) rempli par votre médecin, datant de moins de 6 mois ;
  4. Joindre les pièces justificatives : pièce d’identité, justificatif de domicile, bilans médicaux, justificatifs de ressources, attestations diverses ;
  5. Déposer le dossier à la MDPH (ou l’envoyer en recommandé avec AR).

Étape 2 : instruction

La MDPH évalue votre demande :

  • Étude du dossier par une équipe pluridisciplinaire (médecin, ergothérapeute, travailleur social) ;
  • Possible rencontre (téléphone, à domicile ou en MDPH) ;
  • Passage en CDAPH qui décide du taux d’incapacité et de l’éligibilité à l’AAH.

Délai légal : 4 mois. En pratique, 6 à 12 mois selon les départements.

Étape 3 : ouverture du droit à la CAF

Une fois la notification CDAPH reçue, la CAF est automatiquement informée. Elle ouvre votre droit AAH à compter du mois suivant le dépôt du dossier MDPH (rétroactivité).

Renouvellement

L’AAH est attribuée pour 1 à 10 ans selon votre situation. Le renouvellement se fait à la MDPH, au moins 6 mois avant l’échéance. Si votre handicap est stable et durable (≥ 80 % depuis plusieurs années), la CDAPH peut accorder l’AAH sans limitation de durée (introduite en 2019).

L’AAH après 62 ans

À partir de 62 ans (âge légal de la retraite progressive), votre situation évolue selon votre taux d’incapacité :

  • Taux ≥ 80 % : vous pouvez conserver l’AAH en complément de votre retraite, si la retraite est inférieure au montant maximum AAH ;
  • Taux entre 50 et 79 % : l’AAH s’arrête, remplacée par votre retraite et — éventuellement — l’ASPA (minimum vieillesse).

La retraite anticipée pour handicap est possible dès 55 ans pour les personnes ayant cotisé avec un taux d’incapacité ≥ 50 %, sous conditions de durée d’assurance.

Erreurs courantes à éviter

  1. Mal remplir le « projet de vie » : c’est l’élément le plus important du dossier. Ne soyez pas trop technique, parlez de votre quotidien, de vos difficultés, des soutiens dont vous bénéficiez ou dont vous avez besoin.
  2. Oublier des pièces : la MDPH renvoie souvent les dossiers incomplets, ce qui allonge le délai.
  3. Ne pas demander en même temps la PCH et la CMI : ces démarches peuvent être faites dans le même dossier, ce qui évite des allers-retours.
  4. Renouveler trop tard : un dossier déposé moins de 6 mois avant l’échéance peut créer une rupture de versement.

Questions fréquentes

L’AAH est-elle imposable ?

Non. Elle n’est pas imposable et n’entre pas dans le calcul du revenu fiscal de référence pour la majorité des dispositifs (à l’exception de certains, comme le calcul des places en EHPAD).

Peut-on cumuler AAH et RSA ?

Non, l’AAH est exclusive du RSA. Si vous avez droit aux deux, la CAF verse l’AAH (généralement plus avantageuse).

Que se passe-t-il en cas de séjour à l’étranger ?

L’AAH est suspendue au-delà de 3 mois hors de France (sauf raisons médicales).

Recours en cas de refus

Vous avez 2 mois pour contester une décision CDAPH :

  1. Recours préalable obligatoire auprès du Tribunal judiciaire (Pôle social) ;
  2. Si rejet, appel devant la cour d’appel.

Vous pouvez vous faire accompagner par une association de défense des droits des personnes handicapées (APF France handicap, UNAFAM, etc.) ou un avocat, gratuitement via l’aide juridictionnelle si vos revenus le permettent.

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