Créer ou reprendre une entreprise quand on dispose de peu de moyens financiers et que l’on n’a jamais dirigé d’activité est un exercice particulièrement difficile. Pour soutenir ces porteurs de projet aux ressources limitées, l’État a mis en place le nouvel accompagnement pour la création et la reprise d’entreprise (NACRE), devenu depuis 2017 un dispositif décentralisé géré par les conseils régionaux. Combinant un accompagnement personnalisé sur trois ans et un prêt à taux zéro, le NACRE est l’une des aides les plus complètes à la création d’entreprise en France.
Présentation du dispositif
Le NACRE associe deux composantes indissociables :
- Un accompagnement métier sur 3 ans, articulé en trois phases (montage du projet, structuration financière, suivi post-création) ;
- Un prêt à taux zéro d’un montant compris entre 1 000 € et 10 000 €, à rembourser sur 5 ans maximum.
Le prêt NACRE est en réalité un « prêt d’honneur » accordé sans intérêts et sans garantie personnelle, mais qui doit être obligatoirement couplé à un prêt bancaire classique d’un montant et d’une durée au moins équivalents. C’est ce qu’on appelle l’effet levier du NACRE : il complète le tour de table mais ne le constitue pas seul.
Qui peut bénéficier du NACRE ?
L’éligibilité au NACRE varie désormais selon la région : depuis le transfert aux conseils régionaux en 2017, chaque région définit ses propres critères et opérateurs. Néanmoins, un socle commun reste largement appliqué.
Bénéficiaires de droit
Sont en règle générale éligibles au NACRE :
- Les demandeurs d’emploi (indemnisés ou non) ;
- Les bénéficiaires de minima sociaux : RSA, ASS, AAH ;
- Les jeunes de moins de 26 ans ;
- Les jeunes de moins de 30 ans reconnus handicapés ou n’ayant pas suffisamment cotisé pour ouvrir des droits ARE ;
- Les salariés ou personnes licenciées d’une entreprise en sauvegarde, redressement ou liquidation reprenant l’activité ;
- Les personnes créant ou reprenant une entreprise dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ;
- Les titulaires d’un contrat d’appui au projet d’entreprise (CAPE).
Conditions d’activité
Le projet doit consister en la création ou la reprise effective d’une entreprise (toute forme juridique, micro-entreprise comprise). Le porteur doit en exercer le contrôle effectif : plus de 50 % du capital, ou direction et au moins un tiers du capital.
Les trois phases du parcours
Le NACRE est structuré en trois phases successives ou « volets ». Chaque phase fait l’objet d’une convention signée entre le porteur de projet et un opérateur conventionné par la région.
Phase 1 — Aide au montage du projet
D’une durée maximale de 4 mois, cette phase vise à :
- Vérifier la cohérence du projet (marché, clientèle, modèle économique) ;
- Construire un business plan structuré ;
- Définir la forme juridique et le régime fiscal et social adapté ;
- Préparer le tour de table financier.
À l’issue de cette phase, l’opérateur produit un avis motivé sur la viabilité du projet. Un avis défavorable ne ferme pas définitivement la porte mais peut conduire à demander des ajustements.
Phase 2 — Aide à la structuration financière
D’une durée maximale de 4 mois, cette phase intervient juste avant la création. Elle vise à :
- Boucler le plan de financement (apports personnels, prêts, subventions) ;
- Négocier le prêt bancaire complémentaire au prêt à taux zéro NACRE ;
- Formaliser les contrats juridiques (statuts, baux, contrats de prestataires) ;
- Préparer l’immatriculation de l’entreprise.
C’est à cette phase qu’est instruit le prêt à taux zéro NACRE, accordé par un organisme partenaire (généralement Adie, Initiative France ou France Active selon la région).
Phase 3 — Accompagnement post-création
D’une durée de 3 ans à compter de la création, cette phase vise à :
- Suivre l’activité au cours des premiers mois critiques ;
- Anticiper les difficultés (trésorerie, gestion sociale, fiscalité) ;
- Restructurer l’activité en cas de difficulté ;
- Accompagner les premières embauches et le développement.
Le suivi est généralement assuré par un rendez-vous trimestriel avec un conseiller, plus des points d’urgence si nécessaire.
Le prêt à taux zéro
Le prêt NACRE présente plusieurs caractéristiques spécifiques.
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Montant | 1 000 € à 10 000 € |
| Taux d’intérêt | 0 % |
| Durée maximale | 5 ans |
| Garantie | Aucune garantie personnelle exigée |
| Caution | Non |
| Obligation | Couplage avec prêt bancaire classique |
| Remboursement | Mensualités constantes |
Le prêt bancaire associé doit présenter un montant et une durée au moins équivalents au prêt NACRE. Cette condition vise à instaurer un partenariat avec le système bancaire et à valider la crédibilité du projet aux yeux d’un prêteur professionnel.
Le prêt est versé sur le compte professionnel de l’entreprise après immatriculation, sous réserve de la signature du contrat de prêt.
Les opérateurs NACRE
Le NACRE est mis en œuvre par un réseau d’opérateurs conventionnés par chaque conseil régional. Ces opérateurs sont sélectionnés sur appel à projets et leur agrément est renouvelable. On y trouve principalement :
- Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) ;
- Initiative France et ses plateformes locales ;
- France Active (financement solidaire) ;
- Boutiques de gestion (BGE) ;
- Chambres consulaires (CCI, CMA) pour certaines phases ;
- Réseaux régionaux spécialisés.
Les coordonnées des opérateurs conventionnés sont disponibles sur le site du conseil régional ou sur bpifrance-creation.fr.
Articulation avec les autres dispositifs
Le NACRE n’est pas exclusif des autres aides à la création.
Avec l’ACRE
Cumul total possible. L’ACRE allège les cotisations sociales, le NACRE finance la trésorerie et accompagne le porteur.
Avec l’ARCE
Cumul total possible. Un demandeur d’emploi indemnisé peut donc cumuler ARCE (capital sur ses droits ARE), prêt NACRE et accompagnement, ce qui constitue un montage très complet.
Avec les aides régionales
De nombreuses régions ont leurs propres dispositifs (Cap Création en Île-de-France, Aide TPE en Bretagne, etc.) qui se cumulent avec le NACRE.
Avec les microcrédits
Pour les projets nécessitant moins de 10 000 €, l’Adie propose des microcrédits accompagnés qui peuvent compléter ou alterner avec le NACRE.
Erreurs courantes à éviter
- Croire que le prêt NACRE est versé seul : il est obligatoirement couplé à un prêt bancaire d’un montant équivalent.
- Sous-estimer la durée du parcours : entre la phase 1 et la phase 2, plusieurs mois peuvent s’écouler.
- Négliger la phase 3 : le suivi post-création est précisément le moment où les difficultés surgissent.
- Confondre NACRE et NACRE+ : certaines régions ont mis en place des variantes locales aux conditions différentes.
- Démarrer l’activité avant la signature de la phase 2 : le prêt NACRE n’est versé qu’après immatriculation, mais avec un dossier complet validé en amont.
Questions fréquentes
Le NACRE est-il toujours actif en 2026 ?
Oui, mais sous une forme décentralisée. Chaque région définit ses propres modalités, à l’intérieur du cadre national. Vérifiez les modalités précises auprès de votre conseil régional.
Combien coûte l’accompagnement ?
L’accompagnement est gratuit pour le porteur de projet : il est financé par la région et l’État. Les opérateurs sont rémunérés directement par la région.
Puis-je changer d’opérateur en cours de parcours ?
C’est possible mais peu courant. Une demande motivée doit être adressée au conseil régional, qui décide.
Le prêt NACRE est-il déductible ?
Le prêt n’est pas déductible (c’est une dette). Les intérêts sont déductibles dans la mesure où il s’agit d’un emprunt professionnel — mais le taux est de 0 %, donc l’impact fiscal est nul.
Que se passe-t-il si mon entreprise ferme avant la fin des 5 ans de remboursement ?
Le prêt reste dû à titre personnel. En cas de difficultés avérées, l’opérateur peut proposer un échéancier de remboursement adapté, voire dans les cas extrêmes engager une procédure d’effacement partiel — mais c’est une exception.
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