Annoncé par le président de la République en octobre 2021, le plan France 2030 constitue le plus vaste effort d’investissement public dans l’innovation et l’industrie depuis le Programme d’investissements d’avenir (PIA). Doté de 54 milliards d’euros sur la décennie, il vise à positionner la France sur les filières d’excellence mondiale, à reconquérir une souveraineté industrielle et à accélérer la transition écologique. Voici son architecture, ses dix priorités, ses bénéficiaires et ses modalités de financement.
Qu’est-ce que France 2030 ?
France 2030 est un plan d’investissement décennal (2021-2030) financé par l’État, qui cible les filières stratégiques où la France entend exceller à l’horizon 2030. Il succède en partie aux programmes d’investissements d’avenir (PIA 1 à 4) tout en élargissant leur portée.
L’enveloppe globale est de 54 milliards d’euros, dont :
- 34 milliards d’euros pour faire émerger les futurs champions technologiques de demain ;
- 20 milliards d’euros pour accélérer les transitions écologiques et numériques.
Au moins 50 % du plan est consacré à la décarbonation de l’économie et 50 % aux acteurs émergents (startups, PME, ETI), sans coût pour l’environnement.
La gouvernance
Le plan est piloté politiquement par le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) placé sous l’autorité du Premier ministre. L’exécution opérationnelle est confiée à quatre opérateurs principaux :
- Bpifrance : appels à projets, subventions, prêts, investissements en fonds propres ;
- ADEME : appels à projets transition écologique et économie circulaire ;
- ANR (Agence nationale de la recherche) : projets de recherche fondamentale et appliquée ;
- Caisse des dépôts : financement de grandes infrastructures stratégiques.
Chacun pilote des appels à projets selon ses domaines de compétence.
Les dix priorités stratégiques
France 2030 est structuré autour de dix priorités sectorielles (« les dix objectifs ») qui forment l’ossature du plan.
| N° | Priorité | Cible |
|---|---|---|
| 1 | Réacteurs nucléaires de petite taille (SMR) | Faire émerger en France des SMR innovants |
| 2 | Hydrogène vert | Devenir leader de l’hydrogène décarboné |
| 3 | Décarbonation de l’industrie | Réduire les émissions de gaz à effet de serre industrielles |
| 4 | Véhicules électriques et hybrides | Produire 2 millions de véhicules électriques d’ici 2030 |
| 5 | Avion bas-carbone | Concevoir le premier avion bas-carbone |
| 6 | Alimentation saine et durable | Investir dans l’alimentation et l’agriculture du futur |
| 7 | Santé et biothérapies | 20 biomédicaments contre les cancers et les maladies chroniques |
| 8 | Culture et industries créatives | Cinéma, jeu vidéo, contenus, audiovisuel |
| 9 | Spatial et grands fonds marins | Plateformes et exploration |
| 10 | Numérique et électronique | Semi-conducteurs, électronique embarquée, cybersécurité |
À ces dix priorités sectorielles s’ajoutent trois conditions transversales : sécuriser l’accès aux matières premières, former les talents, et investir dans la recherche fondamentale.
À qui s’adresse France 2030 ?
Contrairement à certaines aides classiques, France 2030 n’a pas un public spécifique en termes de taille d’entreprise ou de statut juridique. Il est ouvert à :
- Startups et jeunes entreprises innovantes ;
- PME et ETI industrielles ou de service ;
- Grands groupes dans le cadre de partenariats ou de projets structurants ;
- Laboratoires de recherche publics et privés ;
- Universités, écoles et organismes de recherche ;
- Consortiums associant plusieurs catégories ci-dessus.
Une part significative du plan est réservée à des projets collaboratifs rassemblant un industriel, une PME et un laboratoire — schéma classique en innovation.
Comment se manifeste France 2030 sur le terrain ?
Le plan se concrétise par des appels à projets, appels à manifestations d’intérêt (AMI) et dispositifs de soutien direct.
Appels à projets (AAP)
Chaque opérateur publie régulièrement des appels à projets sur son site, par filière. Les candidats déposent un dossier détaillé (projet, plan d’affaires, consortium, budget), qui est instruit par un comité d’experts puis tranché.
Appels à manifestations d’intérêt (AMI)
Plus en amont, les AMI permettent à l’État d’identifier les besoins et acteurs d’une filière avant de définir précisément les soutiens. Ils ne donnent pas systématiquement lieu à financement mais préparent les AAP suivants.
Subventions, avances remboursables, prêts, prises de participation
Selon le projet et son stade de maturité, le financement prend différentes formes :
- Subventions pour les phases amont (recherche, faisabilité) ;
- Avances remboursables en cas de succès commercial (le bénéficiaire rembourse si le projet réussit) ;
- Prêts à taux préférentiels ;
- Prises de participation au capital via Bpifrance Investissement ou Bpifrance Participations.
Les principaux résultats annoncés
À mi-parcours, France 2030 a permis le déclenchement de plusieurs milliers de projets. Quelques chiffres communiqués par le SGPI :
- Plus de 3 200 projets soutenus depuis 2021 ;
- 22 milliards d’euros déjà engagés ;
- Plus de 70 % des bénéficiaires sont des PME ou startups ;
- Plusieurs gigafactories de batteries et d’hydrogène financées ;
- Investissement majeur dans les semi-conducteurs (Crolles, ST Microelectronics, GlobalFoundries) ;
- Soutien massif à la filière hydrogène (électrolyseurs Lhyfe, McPhy, Genvia).
Modalités pratiques pour candidater
1. Identifier le bon appel à projets
Le portail france2030.gouv.fr centralise les appels en cours par filière et par opérateur. Les appels sont également publiés sur les sites de Bpifrance, ADEME, ANR.
2. Vérifier l’éligibilité
Chaque appel a ses critères propres : type de bénéficiaire, montant du projet, livrables attendus, durée, consortium requis ou non.
3. Constituer le dossier
Un dossier France 2030 type comprend :
- Présentation du projet et de son caractère stratégique ;
- Description technique et innovation visée ;
- Business plan et trajectoire commerciale ;
- Plan de financement détaillé ;
- Composition du consortium (si applicable) ;
- Évaluation des impacts économiques, sociaux et environnementaux.
4. Déposer la demande
Sur la plateforme de l’opérateur concerné. Les délais varient selon les appels : de 1 mois pour les guichets simplifiés à 6 mois pour les appels complexes.
5. Instruction et décision
Une revue d’instruction est menée par un comité d’experts indépendants. Le délai d’instruction est généralement de 3 à 6 mois. La décision finale est notifiée par l’opérateur.
6. Conventionnement et versement
En cas de succès, une convention de financement est signée. Les versements sont échelonnés selon les jalons techniques (« milestones ») prévus dans le dossier.
Erreurs courantes à éviter
- Postuler à des appels mal ciblés : lire attentivement le périmètre de chaque appel avant de candidater.
- Sous-estimer le travail de constitution : un dossier France 2030 demande plusieurs semaines de préparation à temps plein.
- Négliger l’impact extra-financier : les comités évaluent désormais l’impact environnemental, social et de souveraineté.
- Oublier les obligations de reporting : les bénéficiaires doivent rendre compte de l’usage des fonds, sous peine de récupération.
- Confondre subvention et avance remboursable : la seconde devient une dette en cas de succès. Anticiper dans le plan de trésorerie.
Questions fréquentes
Une startup en amorçage peut-elle candidater à France 2030 ?
Oui, plusieurs appels sont dédiés aux startups (Concours i-Nov, Concours i-Lab, dispositif « First » de Bpifrance). Les montants vont de quelques dizaines de milliers d’euros à plusieurs millions.
Faut-il être français ou européen pour candidater ?
Les bénéficiaires doivent être implantés en France au moins pour la part du projet financée. La nationalité du dirigeant ou actionnaire n’est pas un critère.
Le plan continue-t-il en 2026 ?
Oui. France 2030 est programmé jusqu’en 2030. De nouveaux appels sont publiés chaque trimestre. Une réorientation partielle vers la défense et la souveraineté est en cours en 2026.
Les aides France 2030 sont-elles cumulables avec le CIR ou le CII ?
Oui, mais dans la limite des règles européennes sur les aides d’État : la part subventionnée doit être déduite de l’assiette du CIR. La règle de non-cumul des aides pour les mêmes dépenses s’applique strictement.
Peut-on contester un refus ?
Les décisions des comités d’instruction sont rarement réversibles. Un recours gracieux auprès de l’opérateur est possible, mais en pratique mieux vaut représenter une candidature améliorée au prochain appel.
Guides liés
Fonds européens FEDER, FSE+ : aides aux territoires
Programmation 2021-2027 : 18 milliards d'euros pour la France via FEDER, FSE+, FEADER. Aides à la cohésion territoriale instruites par les régions et l'État.
Aide à l'apprentissage 2026 : 6 000 € à l'embauche
Une aide unique de 6 000 € pour la 1re année de chaque contrat d'apprentissage, versée par l'ASP à tous les employeurs sans condition d'âge de l'apprenti.
JEI 2026 : Jeune entreprise innovante, exonérations fiscales et sociales
Les JEI bénéficient d'exonérations d'IS partielles sur 8 ans et de cotisations sociales sur les chercheurs et ingénieurs. Conditions : moins de 8 ans et 15 % de dépenses R&D.